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23/11/2007

Pauvre Belgique !

961de91ff60e08e77e171d89a398f156.jpgMarie Bernard-Meunier

Diplomate de carrière, l'auteure a été ambassadrice du Canada à l'UNESCO, aux Pays-Bas et en Allemagne. Elle vit maintenant à Montréal et siège au conseil d'administration du CERIUM (m.bernard-meunier@cerium.ca).

Quand et surtout comment la Belgique sortira-t-elle de la crise dans laquelle elle s'enlise depuis bientôt six mois? Nul ne le sait. À plus ou moins long terme, tous les scénarios sont envisageables: de la séparation à la confédération, en passant par le maintien du système fédéral dans sa version actuelle ou avec des changements significatifs. À qui faire porter l'odieux de cette crise?

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Il est tentant de dire: tous coupables. Le roi, pour ne pas être intervenu plus tôt ou pour avoir osé intervenir. Les Flamands, pour avoir laissé croître en leur sein un mouvement d'extrême droite raciste et xénophobe qui pourrit l'atmosphère. Les Wallons, pour avoir longtemps méprisé les Flamands et toujours refusé d'apprendre leur langue. Les leaders politiques de tous bords, qui font passer les intérêts de leur communauté avant ceux de leur pays.

En vérité, il ne nous appartient pas de distribuer les blâmes. Ce jugement appartient aux Belges et à eux seuls. Par contre, il est tout à fait légitime de se poser deux questions qui, elles, nous concernent tous: la crise actuelle en Belgique signe-t-elle l'échec du modèle fédéral dans ce pays? et l'évolution du nationalisme flamand conforte-t-elle la thèse selon laquelle le nationalisme finit toujours par déboucher sur l'ostracisme? Je voudrais répondre non à ces deux questions.

Il est encore trop tôt pour dire si le fédéralisme a échoué en Belgique. Mais il est difficile de prétendre que le système fédéral mis en place en 1993 a permis de gérer dans l'harmonie les différences linguistiques, culturelles et politiques qui caractérisent la Belgique. La vraie question est de savoir pourquoi ce système de gouvernement s'est révélé inapte à gérer toute cette diversité. Deux explications, diamétralement opposées, sont possibles. Ou bien la Belgique est trop fédérale et l'avenir est dans la négociation d'une union confédérale, ou la Belgique ne l'est pas assez. Aucune fédération ne peut réussir s'il n'y a pas une volonté commune de la faire fonctionner et une vision commune des compromis nécessaires. Le fédéralisme en Belgique est encore une idée neuve. Avant de conclure qu'il a échoué, il faudrait peut-être que toutes les communautés mesurent ce qu'implique l'appartenance à une fédération et essaie (une fois!) de jouer le jeu.

À la question de savoir si le nationalisme débouche forcément sur l'ostracisme, je voudrais aussi répondre non. Je considère néanmoins que la Belgique nous donne des exemples désolants des excès auxquels mènent certains discours quand ils ne sont pas tenus en échec. S'ils ne veulent pas être jugés à travers lui, il appartient aux nationalistes flamands de gérer le Vlaams Belang, ce mouvement raciste et xénophobe auquel j'ai déjà fait référence. La récente décision du Parlement flamand de retirer aux francophones vivant en territoire flamand le droit à des services administratifs et judiciaires dans leur langue et le droit de voter pour les candidats de leur communauté est choquante non seulement parce qu'elle met fin unilatéralement à un accommodement raisonnable, mais parce qu'elle compromet délibérément les négociations actuelles pour la formation d'un nouveau gouvernement. Si le Parlement flamand est prêt à agir de la sorte alors que les Wallons sont encore leurs compatriotes, on imagine sans mal les droits dont ils disposeraient dans une Flandre indépendante. Cet exemple confirme ce que l'on savait déjà: on ne peut laisser à une majorité le soin de protéger ses minorités. C'est pour cela que les chartes existent.

Il y a une autre dimension du problème belge qui est moins souvent évoquée et qui, pourtant, me paraît essentielle, c'est la dimension économique. Les Flamands ne veulent plus payer pour les Wallons, comme la Ligue du Nord en Italie ne veut plus payer pour le Mezzogiorno, ou les Catalans pour le reste de l'Espagne. Les Tchèques ne voulaient pas non plus continuer à payer pour les Slovaques. Partout, la même volonté des riches de larguer les pauvres. Cette attitude porte en elle les germes de la destruction du consensus social dans bien des pays européens et, potentiellement, elle plombe la construction européenne. Jusqu'à maintenant, l'Union européenne a toujours permis à ses nouveaux adhérents d'opérer un rattrapage économique spectaculaire. La solidarité avait un sens et, à terme, tout le monde y trouvait son compte.

La façon dont les Belges sortiront de la crise actuelle aura incontestablement un impact dans l'ensemble européen. Il deviendra difficile de prêcher l'union à qui que ce soit si Flamands et Wallons font la démonstration qu'ils sont incapables de vivre ensemble. Le message adressé au reste du monde est aussi désespérant. Si Flamands et Wallons sont incapables de gérer leurs différences culturelles - qui, à l'échelle du monde, sont insignifiantes -, que reste-t-il à dire aux États multiethniques aux prises avec des problèmes d'un tout autre ordre? Il faut croiser les doigts pour la Belgique.

Commentaires

La Belgique, concretement, ca sert a quoi et a qui?

Écrit par : Gwen | 03/12/2007

Pour une canadienne, madame Bernard-Meunier, vous comprenez mal le problème. Le fédéralisme canadien vit bien, très bien même sans le Québec.

Depuis 1982, date du rapatriement de la constitution par ce cher P.E.T. pour les intimes, le gouvernement fédéral est devenu un gouvernement central ou national, s'étant donné les pouvoirs d'envahir les champs de compétences des provinces, dont particulièrement le Québec, seule province à majorité francophone et regroupant presque 95% de tous les francophones du Canada. Dans aucun pays européen, un tel affront à une composante majeure d'un pays (on pense aux Flamands en Belgique, aux Slovaques dans la défunte république tchécoslovaque, aux Catalans en Espagne, ou aux Suisses romans ou italophones, n'aurait été faite, même imaginée! Cela aurait été un pas vers la guerre civile. Eh bien, c'est ce que le gouvernement "fédéral canadien allant vers l'État unitaire" a fait. Et le Canada qui se vautre dans le fédéralisme, comme s'il était un élève modèle. On passe le problème sous le tapis depuis plus de 25 ans!

Ne pas reconnaître la différence, ne pas la faire fleurir, ne pas la faire respecter dans ses plus hautes institutions est vraiment la source de beaucoup de problèmes. On pourra longtemps pérorer sur la pauvreté, les différences socio-économiques, culturelles, etc. Celles-ci se vivent dans tous les pays. Il est tout de même étrange qu'un des pays les plus décentralisés, la Suisse, ait pu passer à travers tant de crises, avec des religions et des peuples différents, sans éclater. Bien sûr, tout n'est pas parfait, mais les Suisses, montagnards et fiers de leurs origines et différences, ont tenu à les faire respecter dans leur Constitution. Les institutions fédérales ont été limitées sévèrement. Qui connaît le président du Conseil fédéral suisse? Il ne peut qu'être une fois président pendant un an et ne peut se représenter avant 7 ans. Les Suisses ont compris qu'en limitant ce danger que constitue un gouvernement fédéral, ils préservaient leurs libertés, leurs vraies libertés. Et ils n'avaient surtout pas à oublier leurs intérêts pour ceux, plus grands, de l'Empire d'Autriche de l'époque qui les gouvernait sans ménagement.

Au Canada, le Premier ministre peut être élu sans limite de mandat. Il nomme le Gouverneur général, les sénateurs, les juges de la Cour suprême et de différentes cours fédérales, les lieutenants gouverneurs dans les provinces et d'importants administrateurs de sociétés appartenant à Ottawa. Il est à toutes fins pratiques, un roi élu. Il peut, sans trop médire, se foutre de tout le monde, de toutes les différences. Il peut acheter les différences en de belles nominations politiques...

Puisque la majorité du Canada est anglaise depuis 1830, ce qui est une véritable tragédie pour les francophones qui ont ainsi perdu leur propre pays, ce que les Irlandais n'ont heureusement pas connu malgré tous les honteux efforts de la Grande-Bretagne pour les exterminer (ils sont toujours majoritaires en Irlande), ce sont eux (les anglos) qui dictent l'ordre du jour. Ainsi, chaque modification constitutionnelle subséquente a eu pour effet de limiter davantage les pouvoirs des provinces, sous-entendre ceux du Québec.

Le Canada a su bien vivre dans le mépris de son "autre" peuple. La dernière tentative pour empêcher le Québec, simple province comme une autre pour tant de Canadiens pseudo-fédéralistes, de quitter le presque État unitaire canadien - le renvoi sur la sécession, donne aux juges, nommés par le Premier ministre de cet État, le pouvoir de décider si la majorité obtenue lors d'un éventuel référendum gagnant au Québec, est suffisante, comprendre les deux tiers sans doute! Donc, en toute logique, Terre-Neuve est aujourd'hui indépendante, puisque les 3 référendums n'ont dégagé qu'une faiblarde majorité de 52% pour joindre le Canada...

Une des grandes erreurs des peuples, c'est de se croire le nombril du monde et de croire que tous les peuples de la Terre se préoccupent de leur sort. On se donne ainsi une grande importance. Or, en quoi les Belges, Flamands, Wallons, et autres, sont-ils importants aux yeux des autres? Pourquoi le Monde entier serait préoccupé par la Belgique? Pourquoi pas le Liechtenstein, le Canada ou le Malawi? Les peuples existent, c'est tout. Ils ne sont pas plus importants que les autres. La Belgique existe et si elle n'existe plus, ce ne sera pas la fin du Monde. La Tchécoslovaquie n'est plus, la Yougoslavie n'est plus, l'URSS, pourtant grande puissance un temps, n'est plus. L'Autriche-Hongrie n'est plus, ainsi que l'Union de la Suède-Norvège. D'autres pays sont nés, comme le Timor, la Lituanie. D'autres pays se sont fait absorbés brutalement, comme la Pologne, pour renaître plus tard. Qui se soucie aujourd'hui de l'Assyrie, de la principauté d'Antioche, de la Grande-Grèce, de l'Empire byzantin?

Les pays, comme les gens, meurent aussi, tout comme les civilisations. Certains font un peu plus de bruit, simplement. Même le Soleil disparaîtra un jour!

C'est une vision typique du gouvernement "fédéral" du Canada de dire "faites passer les intérêts du pays avant les intérêts de votre communauté". Pour les Québécois, cela revient à donner des pouvoirs à la majorité anglophone du Canada pour lui permettre de réaliser ce qu'elle veut.

Pour la seconde question, insidieuse: "l'évolution du nationalisme flamand conforte-t-elle la thèse selon laquelle le nationalisme finit toujours par déboucher sur l'ostracisme?", il faut savoir les pièges "canadians" pour savoir dans quelle orientation nous amène votre question. Et je vous remercie de l'avoir mise de l'avant si généreusement, afin que le tout le monde puisse voir la façon dont les "canadians" voient les choses.

En effet, le mauvais, le mal absolu est le nationalisme, tel que vous le présentez: la thèse - quelle thèse - vous connaissez l'auteur? L'ostracisme ne se vit que dans les États nationaux, bien sûr! Les grands États fédéraux, comme le Canada, l'URSS, les États-Unis, l'ancienne Autriche-Hongrie ne persécutent -aient aucunement leurs minorités. À travers le monde, le gouvernement "fédéral" canadian proclame que le Canada a été fondé dans la paix, que les gens sont très pacifiques. Cependant, l'extermination des Métis entre 1867 et 1885 dans les prairies très canadian, pour les soumettre au joug d'Ottawa, vous connaissez? Les émeutes de la conscription, où on utilisa de bons et loyaux soldats de l'Ouest et de l'Ontario pour tirer dans la foule de francophones: le massacre du 1er avril 1918 à Québec, vous connaissez? L'extermination, l'assimilation des autochtones, le déplacement en plein hiver d'Inuit pour assurer la souveraineté du Canada sur l'Arctique(ça ressemble à la Trail of Tears des Cherokees aux États-Unis), vous connaissez? Pourtant faites par de bons "fédéraux", zélés souffrant d'unité impériale à faire! Canada! je dirais plutôt, Ottawa! Que de crimes on commet en ton nom!

Le procès du nationalisme que vous tentez de faire ici, c'est aussi celui de n'importe quel type de gouvernement. Les nationalistes, comme les fédéralistes (ou plutôt les impérialistes ou les nonos rêvant d'unité Urbi et Orbi) sont capables de tous les maux et de toutes les saloperies et perfidies. Ça, c'est l'histoire qui l'enseigne. Dans les États qui se sont bâtis en écrasant une ou plusieurs de leurs composantes, le Canada, les États-Unis, l'URSS, etc., l'union prime tout, mêmes les libertés fondamentales. Puis, lorsqu'une composante (un peuple) met la main, solide, sur tous les organes de l'État, alors que ce peuple sait qu'il contrôle vraiment tous les leviers économiques, politiques et autres, alors il laisse un peu de liberté, mais continue de soutenir les mécanismes d'assimilation tranquilles.

Il est tout de même surprenant de constater que presque aucun pays africain ne connaît la démocratie. Ils ont tous eu comme modèle des nations européennes centralisatrices: Grande-Bretagne, France, Italie, Espagne, Portugal, Allemagne (mais pas très longtemps comme l'Italie), et la Belgique (le Roi contrôlait tout!). Lorsque les colonisateurs sont partis, le peuple dominant, dans chacun des pays artificiels créés de toute pièce par ces États européens, a mis les mains sur les rênes de l'État, il a souvent exclu les autres, car le pouvoir ne se partage pas. Le président est le chef de l'État, il a tous les pouvoirs! Jamais il n'est venu aux Africains encore l'idée de limiter leurs propres pouvoirs dans chacun des États. Ça ne se faisait pas en Europe, pas chez les colonisateurs en tous cas! Ainsi, on a vu des exterminations massives passées, et présentes, comme au Tchad, au Soudan, au Congo, au Nigéria, etc. Ça continue de plus belle. Pourtant, le Nigéria est un État fédéral...

Dommage que la Suisse n'ait pas eu de colonies. Mais une démocratie réelle colonise mal, parce que le geste de coloniser un endroit déjà peuplé en est un antidémocratique par essence même.Il faut exterminer les peuples qui y sont déjà, comme les Américains ont si bien réussi et les "Canadians" aussi. Les Britanniques ont inventé les premiers camps de concentration en colonisant les Boers...

Ainsi, certains pays africains resteront unis, tandis que d'autres éclateront. L'Éthiopie a déjà éclatée - une fédération à l'époque, et le Soudan sera sans doute le prochain. Le Nigéria le vivra sans doute à nouveau, comme le Congo. La Somalie - une fédération - a aussi éclaté de facto. Et ce sera un bien. Car pourquoi tenir à une union, si c'est pour s'écraser et se soumettre à un autre peuple?

La Belgique n'était pas à l'aise - Flamands comme Wallons - dans le Royaume des Pays-Bas, trop protestant pour les Flamands et trop hollandais pour les Wallons. ce que les Néerlandais étaient prêts à faire - même la guerre, pour les garder sous leur contrôle. Aujourd'hui, personne ne se pose des questions, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg étant 3 pays distincts.

La Norvège et la Suède était unies depuis les guerres napoléonniennes. Pourtant, ils se sont séparés pacifiquement en 1905, et aujourd'hui, la Norvège, comme la Suède vivent bien, très bien même, côte à côte et mettent en commun certains choses qu'ils désirent. Voilà, la maturité! Ibsen est mort bien triste, et c'est une bonne chose. Il aurait voulu quoi? Des morts par milliers, par centaines de milliers pour préserver une union?

L'unité ne se bâtit pas réellement en écrasant un autre peuple. Si ce dernier réussit à survivre et à se développer à nouveau, comme les Catalans et les Basques en Espagne après Franco, il demande des pouvoirs, plaçant les peuples impérialistes dans de curieuses situations.

Pour finir, une fédération n'est pas une valeur en soi. C'est le respect des peuples qui y vivent, parfois pour un temps, qui l'est. Le respect de chacun des peuples, de façon à ce qu'aucun ne puisse imposer sa volonté sur l'autre ou les autres. La Suisse y est arrivée, quoique si le gouvernement fédéral parvient à prendre trop d'importance au détriment des cantons, le groupe allemand dominera, ce qui ne plaira pas aux Romans. Tout est dans la mesure, et dans le respect.

Pour ce qui est de la Belgique, je comprends le sentiment des Flamands qui se sont vus exclus longtemps du pays. Je comprends aussi le sentiment des francophones des facilités, là où ils sont majoritaires et qui se sentent habitants de Bruxelles, plutôt que habitants de la Flandre. Peut-être que 2 pays seraient envisageables. Les Wallons n'auront plus jamais le contrôle de la Belgique, et les Flamands devront abandonner Bruxelles. ça semble être une réalité incontournable.

Tout maintien de l'État fédéral belge ne peut nier longtemps ces problèmes par une fuite en avant qui ne serait que remettre à plus tard une solution profonde et durable entre les peuples fondateurs de la Belgique.

Écrit par : Serge | 04/12/2007

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