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05/12/2007

L'échec d'Yves Leterme traduit l'impuissance de la classe politique belge face aux radicaux flamands

Les Belges sont en passe de battre un record européen : celui des Néerlandais qui, en 1973, ont attendu 208 jours pour avoir une équipe ministérielle. Le renoncement, samedi 1er décembre, au 174e jour de la crise politique, d'Yves Leterme, "formateur" désigné du gouvernement, a démontré qu'aucune perspective ne se dessinait quant à la mise en place d'une majorité.

Le roi, qui a reçu samedi le chef des démocrates-chrétiens flamands et Guy Verhofstadt, le premier ministre sortant, libéral flamand, toujours à la tête d'un gouvernement dit d'affaires courantes, devrait prendre rapidement une initiative. On parle notamment de la nomination comme "formateur" de Didier Reynders, leader des libéraux francophones. Les chrétiens-démocrates flamands voudraient le mettre à contribution, tout en soulignant qu'ils ne monteront dans aucune équipe ministérielle que ne dirigerait pas M. Leterme.

DU BOUT DES LÈVRES

Vainqueur des législatives en juin, ce dernier avait déjà échoué à la fin du mois d'août. Il y a une semaine, il était parvenu à recueillir l'approbation des partis centriste et libéral francophones, ainsi que des libéraux flamands sur un projet qu'il avait transformé en enjeu principal de sa mission : une réforme du fédéralisme visant à donner plus d'autonomie aux régions.

Son propre parti le soutenait du bout des lèvres. En revanche, le parti nationaliste Nouvelle alliance flamande (NVA), avec lequel il a signé un accord au sein d'un cartel, l'a désavoué. Et même si elle ne pèse que 5 sièges (sur 150) à la Chambre des députés, cette formation séparatiste était indispensable pour constituer une majorité. Elle exerce aussi sur le CD & V (chrétiens démocrates et flamands) un chantage au radicalisme : si elle ralliait, demain, les populistes et l'extrême droite en Flandre, elle pourrait constituer un "front pour l'indépendance" qui mettrait à mal la domination des chrétiens-démocrates.

Le formateur devait donc éviter à tout prix la rupture avec la NVA et, pour cela, rejeter la responsabilité d'un échec de sa mission sur les francophones. C'est ce qu'il a fait, le 30 novembre, en posant trois questions au Mouvement réformateur (MR) libéral de Didier Reynders et au Centre démocrate humaniste (CDH) de Joëlle Milquet.

Reprenant les exigences de ses partenaires nationalistes, M. Leterme demandait aux francophones s'ils étaient prêts à discuter de tous les aspects d'une réforme du fédéralisme au sein d'une Convention appelée à confronter les points de vue de tous les partis. Il les interrogeait aussi sur la possibilité, pour les régions, d'organiser un système d'incitations fiscales pour les entreprises. Enfin, et c'est un point crucial pour les Bruxellois et les Wallons, il leur demandait s'ils approuvaient le principe d'une majorité parlementaire "classique" pour voter des réformes institutionnelles. A savoir, deux tiers des élus dans chaque assemblée mais sans garantie d'un équilibre entre néerlandophones et francophones. Prudents, ces derniers réclament un équilibre afin d'éviter qu'une majorité rassemblant tous les partis du nord du pays ne finisse par leur imposer ses choix.

A cet ultimatum, les centristes francophones ont répondu par des questions. M. Leterme n'en attendait pas plus pour démissionner et se faire, un peu plus tard, acclamer par ses militants. Des médias flamands ont critiqué cette attitude. De Morgen, quotidien de gauche, a diffusé un poster reprenant des photos d'un Yves Leterme épuisé. Le texte paraphrasait Bertolt Brecht pour demander s'il ne serait pas plus simple, désormais, de choisir un autre peuple...

Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 04.12.07.
LE MONDE | 03.12.07 | 16h29 

Commentaires

La question politique belge est maintenant entrée dans sa phase européenne. La Belgique va- t- elle donner naissance
à de nouveaux états. Au minimum deux , la Flandres et le reste.
Il est évident que par ignorance crasse - la meilleure des hypothèse - le monde politique flamand ignore tout non seulement du monde constitutionnel de l'Allemagne mais aussi de la Confédératio helvetica ( CH ). Les demandes vont au - delà de ces systèmes.
Sur la question de la création d'un nouvel état en Europe, l'exemple d'un nouvel état ne pose strictement aucun problème, le cas du Montenegro et ses 600.000 habitants est là pour le prouver. Entrée dans l'ONU, reconnaissance par la Serbie et l'Union européenne etc.
Reste que le territoire de la Flandre n'est pas bien défini et que la prétention de garder sa capitale à Bruxelles relève la science politique fiction. Il va de soi qu'il faudra peut - être que le monde européen s'empare de la question et que l'on retourne à la case 1830 car il apparaît que les Belges sont incapable de dépasser le stade du député bourgmestre et celà encore est très aimable.

Écrit par : wibault | 05/12/2007

Voici au contraire le terme de Yves L. et de ceux qui se disent "integriste constitutionel"
« Je suis un intégriste de la constitution »
…dit aujourd’hui Pieter DE CREM.
Cela fait 179 jours que la NV-A, grâce à Yves L., tient en otage le CD&V et le Pays.
C'est maintenant Pieter DE CREM (chef du groupe CD&V/N-VA de la Chambre) qui prend le relais d' Y.L.
Il s'opposerait à la constitution d'un gouvernement "provisoire" élargit (à la carte) qui aurait pour mission de régler les affaires urgentes en même temps que de mettre sur les rails le groupe chargé de mener à bien les réformes institutionnelles.
Je suis "un intégriste de la Constitution" crie fort...bêtement Pieter.
Oui bêtement, car il n'y a rien de plus constitutionnel qu’une telle formule.
Simplement ce gouvernement, actuellement effectivement minoritaire (Il lui manquerait 2 à 3 voix) trouvera avec certitude dans l'actuel Parlement, dûment investi en juin, les voix manquantes, y compris celles de quelques sages du CD&V et certainement au CDH.
Il pourrait donc ainsi obtenir, non seulement la confiance mais aussi le vote d'une série de mesures tant attendues au plan économique et surtout contourner les 4 à 5 irréductibles de la NV-A et par conséquent le CD&V lui même.
Curieux, Mr DE CREM me donnait pourtant l'impression d'être intelligent ! Peut être trop malin sans doute ?
Si une telle formule voit le jour, il aura bien besoin de tout ses moyens pour tenir ses troupes à la Chambre car, autre cerise sur le gâteau, voici enfin que les députés auraient, dans cette formule provisoire, l'occasion de se sentir réinvesti dans leur mission de garant du bien commun en votant à la carte et non plus d'être de simples presse-bouton. Signé: Crèmeyves

Écrit par : Yves de Seny | 06/12/2007

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