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24/04/2008

L’immersion linguistique ne nuit pas aux enfants

From Le Soir (Belgique)
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PÉDAGOGIE / L’ULB a comparé 4 groupes d’enfants
L’immersion linguistique ne nuit pas aux enfants
FREDERIC SOUMOIS
mercredi 23 avril 2008, 23:08

UNE ÉTUDE menée sur six ans par l’ULB prouve qu’apprendre à lire en flamand n’empêche pas de bien maîtriser le français.


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L’immersion linguistique, c’est-à-dire proposer une partie de l’enseignement dans une langue différente de la langue première (ou maternelle) afin d’acquérir une maîtrise plus approfondie de cette langue seconde, a toujours fait débat sur le danger potentiel d’affecter la maîtrise de la langue première.

Pour simplifier, certains suspectent cette méthode d’entraîner tout ou partie des enfants vers un bilinguisme imparfait, sans maîtrise d’aucune langue.

Différentes études ont conclu en sens divers. C’est dire l’intérêt de l’étude menée, pendant six ans par Katia Lecocq, du labo « Cognition, langage et développement » de l’Université libre de Bruxelles. D’abord par la durée de l’observation, qui a évalué les résultats des enfants entre le début de l’apprentissage et à douze ans. Ensuite par les comparaisons, menées sur quatre groupes différents : deux d’enfants francophones scolarisés en immersion partielle précoce en néerlandais, dont l’un débutait l’apprentissage de l’écrit dans la langue maternelle et l’autre dans la langue seconde ainsi que deux groupes monolingues (francophones et néerlandophones).
Temps de lecture plus élevés

Conclusion majeure de la chercheuse ? On peut être rassuré : « Dès la troisième primaire, les enfants du groupe d’immersion ayant débuté la lecture en néerlandais lisaient en français aussi bien que les monolingues francophones et que l’autre groupe d’immersion, bien qu’ils présentassent des temps de lecture légèrement plus élevés. Leurs stratégies de lecture en français apparaissaient tout à fait similaires à celles des deux autres groupes francophones et on n’observait pas davantage de difficultés chez les enfants de ce groupe à lire les mots irréguliers du français. De plus, la comparaison des performances en 3e et en 6e primaire a mis en évidence qu’il présentait des performances relativement similaires en français et en néerlandais et comparables à celles de monolingues francophones et néerlandophones. »

La complexité des tests employés par la chercheuse, distinguant par exemple l’apprentissage syntaxique de l’établissement progressif de l’assemblage entre graphèmes (écrits) et phonèmes (sons) permet toutefois de montrer que les enfants apprenant à lire d’abord en français ou en néerlandais ne vont emprunter ni les mêmes chemins ni les mêmes rythmes pour aboutir aux mêmes compétences. Le « zapping » des méthodes pourrait alors être déconseillé. Il montre aussi que cette « innocuité » de l’immersion, si elle est valable pour le français langue première et le néerlandais langue seconde, ne serait pas universelle, mais serait limitée aux cas où la langue seconde présente un système orthographique transparent. Du néerlandais vers le français ou de l’hébreu vers l’anglais. Mais pas de l’anglais vers le français, par exemple. Recommandation ? « Un programme d’immersion où le nombre d’heures dispensées en langue seconde est important en début d’apprentissage (75 % de la plage horaire), où l’apprentissage de l’écrit est dispensé de façon formelle dans les deux langues et débute dans la langue seconde ».

05/04/2008

Les francophones bannis des aires de jeux d’une ville flamande

samedi 29 mars 2008

Commune verdoyante et privée de charme, Liedekerke, près de Bruxelles, est le théâtre d’un nouveau conflit entre Flamands et francophones. Sur sa vaste aire de jeux, il y a peu d’enfants en ce jour gris et pluvieux. Et il y en aura, bientôt, encore moins : la municipalité a décidé que les 6-12 ans qui ne parlent pas le néerlandais en seront bannis.

« Raison de sécurité », invoque la mairie, détenue par le parti chrétien-démocrate, le CD & V du premier ministre Yves Leterme. Le bourgmestre Luc Wynant a évoqué, mardi 25 mars, la difficulté de gérer des « bandes » d’enfants. Lapsus ? « Ne cherchez pas la petite bête... », ricane une employée municipale qui tente, en vain, de trouver un responsable pour commenter la décision.

Officiellement, l’interdiction a été décidée après un constat effectué à l’été 2007 : sur les 120 enfants présents, 20 ne comprenaient pas les moniteurs. « Cela crée des problèmes et peut s’avérer dangereux », a affirmé Dorette Heymans, adjointe au maire.

Des problèmes ? On n’en a pourtant jamais connu de graves à Liedekerke. Les responsables de l’aire de jeux parlent dès lors d’une mesure préventive et soulignent que certains parents se sont d’ailleurs déjà vu « conseiller » d’aller faire jouer leur progéniture en d’autres lieux. Cet épisode survient dans une commune qui accueille de plus en plus de familles chassées de Bruxelles par la forte hausse du prix des logements. Souvent des étrangers, parfois des francophones, tous maîtrisant mal le néerlandais. L’initiative de la municipalité semble, en tout cas, se situer dans le fil d’autres décisions, comme l’interdiction d’afficher des mentions en français au marché de Merchtem ou dans la ville de Hal, situées, comme Liedekerke, dans l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, une zone bilingue que la Flandre entend scinder.

« APARTHEID »

À l’instar de la municipalité, des fonctionnaires flamands font mine de s’étonner des réactions négatives qu’a suscitées l’interdiction. Le règlement n’envisagerait, à les en croire, que des cas « exceptionnels ». Le ministre régional de l’intégration, Marino Keulen (libéral) l’a jugé illégal, mais estime qu’il peut néanmoins s’appliquer aux enfants qui n’habitent pas Liedekerke.

Mercredi 26 mars, la presse francophone, apparemment lasse des querelles, n’a réagi que faiblement. La prise de position de deux journaux flamands en est d’autant plus remarquable : Het Laatste Nieuws a évoqué « un mauvais coup à l’hospitalité et la tolérance en Flandre » ; De Morgen se demandait s’il était « fou de parler d’apartheid » dans ce cas-ci, ou si c’était la mairie de Liedekerke qui était devenue folle. Ce quotidien rappelait aussi qu’une commission de l’ONU a dénoncé récemment la montée de l’intolérance en Flandre.

Cet été, un projet baptisé Écoles d’été était prévu à Liedekerke. Il visait à mieux intégrer ceux qui ne parlent pas le néerlandais.

Jean-Pierre Stroobants, pour Le Monde

Petru Rocca (28 septembre 1887 à Vico - 7 juin 1966 à Vico), autonomiste corse.


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Il apprend le métier d'imprimeur et collabore à la revue Tramuntana. Durant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé dès 1914. Sur le front il rédige « Le canard des marais » pour ses camarades. Blessé à nombreuses reprises, il est fait officier et chevalier de la légion d'honneur.

Il publie à partir du 15 mai 1920, la revue A Muvra (« le mouflon »), avec d'autres anciens combattants. Il devient éditeur à Ajaccio. Il créé en fin 1922 ou début 1923 le Partitu Corsu d'Azione sur le modèle du Partito Sardo d'Azione.

Il passe progressivement de l'autonomisme à l'idéologie italianisante. Le parti devient le Partitu corsu autonomista (« Parti autonomiste corse ») en 1926 ou en 1927. Il se réfère aux exemples catalan et irlandais, et en liaison avec les Bretons de Breiz Atao. Il revendique le droit de tous les peuples à disposer d'eux-mêmes.

Dans le cadre des luttes des mouvements régionaux, il entre en relation avec certaines organisations autonomistes bretonnes, flamandes, alsaciennes et basques dans les années 1920. Dans ce cadre, Petru Rocca s'occupe de la rubrique corse de la revue Peuples et frontières après 1936, qui est l'organe essentiel des partis autonomistes fascistes avant guerre. Il y agit avec des dirigeants autonomistes comme Olier Mordrel, l'abbé Jean-Marie Gantois et Hermann Bickler.

A partir de 1935, il s'affirme indépendantiste. L'Italie encourage les Corses. Des poètes sont invités en Italie. Cependant, contrairement aux linguistes italiens qui tentent de motiver les revendications italiennes, Rocca ne pense pas que le corse dérive du toscan mais insiste sur le fait que ces dialectes dérivent d'un langage commun qui n'est pas l'italien.

En 1938, il est exclu de l'ordre de la légion d'honneur. En 1939, après de multiples saisies et perquisitions, le journal est interdit.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale s'annonce, par peur des visées irrédentistes de l'Italie de Mussolini, l'État ferme l'imprimerie de la Muvra. Les autonomistes s'étaient amalgamés aux irrédentistes, dans les relations avec l'Italie Mussolinienne. Ruiné, Petru Rocca est condamné à plusieurs années de prison en 1946. Accusé de collaboration avec les Italiens en 1945, il est condamné à 15 années de travaux forcés. En 1946, lors du procès de A Muvra, Petru Rocca est condamné à 15 ans de prison.

En 1953, il créé une académie afin de défendre la langue corse.