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06/08/2008

La Belgique paie cher sa crise politique

Source: LE MONDE | 05.08.08 | http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/08/05/la-belgique-paie-cher-sa-crise-politique_1080378_3234.html#xtor=EPR-32280123&ens_id=628857

Les économistes belges ont longtemps fait preuve d'indulgence à l'égard du monde politique, plongé depuis quatorze mois dans une crise institutionnelle. La continuité du pouvoir leur semblait assurée. La crise financière mondiale, l'augmentation des prix de l'énergie et l'effondrement des indices bousiers ont fini par les inquiéter.

Aujourd'hui, d'autres paramètres les incitent à tirer la sonnette d'alarme : avec un taux d'inflation qui devrait dépasser 6 % en septembre, une chute brutale de la confiance des entrepreneurs et un ralentissement de la croissance (2 % en 2008 et 1,5 % au mieux en 2009), la Belgique devrait réagir. Problème : le gouvernement en semble incapable, entraîné par la spirale des revendications flamandes.

Combien a coûté la crise ouverte en juin 2007 ? Jusqu'ici, seul le gouverneur de la Banque nationale avait avancé un chiffre : 2,5 milliards d'euros à cause des retards dans les opérations d'assainissement budgétaire et dans l'abondement d'un fonds censé limiter les conséquences du vieillissement.

Il y a quelques semaines, le gouvernement s'est livré à un contrôle budgétaire qui n'a pas convaincu et qu'il a, en outre, couplé à l'annonce de dépenses sociales. L'ensemble est resté sans effet et n'a même pas été soumis aux députés.

La perte de crédibilité de la classe politique a d'autres effets, sur les investissements étrangers notamment. Julien Manceaux, économiste à la banque néerlando-belge ING, estime dans une étude qu'en raison de la crise qu'elle traverse, la Belgique paie plus cher le refinancement de son importante dette publique qui a atteint quelque 85 % du produit intérieur, soit 200 milliards d'euros.

Les notations internationales qui déterminent les taux lui sont devenues défavorables. Le pays est moins bien noté que la France et les Pays-Bas et est désormais soumis à des taux comparables à ceux qui sont imposés au Portugal.

Dans son étude, M. Manceaux souligne les conséquences à long terme de l'inertie politique : "Si les coûts à court terme sont difficiles à évaluer, les risques de transmettre aux générations futures une situation budgétaire insoutenable sont très élevés et pourraient constituer les principaux dommages de cette crise."

L'assainissement budgétaire devrait dégager 3,5 milliards d'euros en 2009, 5,5 milliards en 2010 et 7 milliards en 2011, alors que la croissance faiblit. Le nécessaire surplus budgétaire de 1,3 %, prévu pour 2012, risque de ne pas être dégagé.

Les seuls points positifs sont le maintien d'une consommation forte et le fait que le royaume continue à créer des emplois (plus de 80 000 en un an).

Cela n'apaise ni les syndicats, confrontés à de fortes revendications de leur base concernant le pouvoir d'achat, ni les patrons, qui se préparent à demander une limitation de leurs charges en remettant en cause le système d'indexation automatique des salaires. Car la forte inflation a entraîné deux augmentations salariales en 2008. De difficiles négociations interprofessionnelles s'annoncent en septembre.

Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 06.08.08.

 

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