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27/12/2008

La Flandre et la quatrième république




Après la démission d'Yves Leterme, c'est l'impasse totale. La métaphore de la IVe République m'est venue à l'esprit lisant le "Retour de de Gaulle" de René Rémond, il y a un mois, et a été reprise par notre ancien premier ministre Mark Eyskens: l'instabilité gouvernementale actuelle nous conduit à une crise du régime, comme en 1958 en France. Une crise qui pourrait bien se solder par une réfonte générale de notre système politique. Ne fût-ce que... la Belgique n'est pas composé d'un espace de pouvoir unique, comme la République Française l'était, même entre 1946 et 1958.

Je m'explique: le paysage politique belge est divisé en deux. D'un côté, le monde politique francophone voit un affrontement entre deux grands partis. Le Parti Socialiste, contrôlant à la fois les Région Wallonne et Bruxelloise et la Communauté Française, et le Mouvement Réformateur, comparable à l'UMP français, qui lui convoite la place de première force politique. La Flandre, par contre, souffre d'une division profonde et structurelle depuis 1991, dont les partis ne sont pas capables de sortir. Voilà déjà pourquoi le secours d'un "homme providentiel" est devenu presque impossible. Un retour de l'ancien Premier Ministre Guy Verhofstadt (libéral, néerlandophone) serait inacceptable dans les circonstances actuelles. Pas tant pour les francophones que pour les flamands: son parti, l'openVLD, n'est que le deuxième en Flandre et traine derrière le CD&V, même après l'éclatement du "cartel flamand". On ne construit pas de gouvernement autour d'un parti qui ne rassemble même pas 20 des 150 sièges au parlement.

Le paradoxe est donc que les formations en Wallonnie sont bien établies, tandis qu'en Flandre... c'est la pagaille. Là réside le problème fondamental, qui rend toute coalition archi-difficile. Il faut faire un petit pas en arrière pour essayer de comprendre l'effritement du système traditionnel.

- En 1981, premier signe de renouvellement des acteurs, le CD&V chute structurellement de 40 à 30%. Il ne s'en est jamais remis. Les gagnants ? L'extrême droite (Vlaams Blok) et les verts (Groen)
- En 1991, grande percée nationale du Vlaams Blok: 10%, tandis que les chrétien-démocrates et socialistes chutent; les uns en-dessous des 30%, les autres jusqu'aux alentours des 20%
- En 1999, piètre spectacle: seuls DEUX partis arrivent à franchir la barre des 20%: l'openVLD (23%) et le CD&V (22%); la victoire entre les deux se joue à peu; Malgré le fait qu'il arrive en tête, le parti libéral ne gagne que 2%; les vrais gagnants du nouveau "Zwarte Zondag" sont les verts (+ 4%) et l'extrême droite (+ 3,5%, dépassant les socialistes, qui tombent à 15%)

Sous le premier gouvernement-Verhofstadt, les partis aspirent tous à absorber ce qui reste du parti national-démocrate "Volksunie". Les nationalistes se scindent en une aile gauche (les "libéraux-de-gauche-nationalistes") et une de droite ("les durs"). La VU prend 10% des suffrages, mais vu les différences minimales, ce "capital électoral" est très précieux.

Au lieu de transformer le parti sur le plan interne, les grands se contentent à attirer des mandataires individuels: tant les libéraux, que les socialistes prennent du monde de l'aile gauche, les chrétiens-démocrates concluent un cartel avec les "durs" en 2004.

Trois élections et presque dix ans plus tard, on est revenu à la situation de 1999. Selon un sondage du journal "La Libre Belgique" -traditionnellement le plus fiable-, seul le CD&V passerait la barre des 20%. Derrière, deux partis libéraux (openVLD, la liste anarcho-libérale et populiste Dedecker), les socialistes et l'extrême-droite. Il n'existe plus de grand parti en Flandre.

Vu le contexte communautaire, une telle dispersion des sièges serait tragique. Du côté francophone, deux grands partis peuvent compter sur un minimum de 19-20 sièges. Côte néerlandophone, seul le CD&V paraît en mesure de franchir cette limite.

Conséquences ?
1) Les partis francophones n'ont plus aucun intérêt à faire avancer la réforme de l'état, peuvent revendiquer le poste de premier ministre par le jeu des familles politiques (en additionnant le parti-frère du Nord, les libéraux ou les socialistes peuvent devancer le CD&V).

2) Plus généralement, les partis traditionnels ont perdu tout crédit en Flandre. Ils seront tous forcés d'entrer au gouvernement. Comme on a vu au niveau flamand (où l'extrême droite à 24% des suffrages obligeait les trois grands à se mettre ensemble), la formule tue toute politique originale. L'hygiène démocratique des élections devient inefficace: puisque tout le monde sera toujours au pouvoir, pourquoi se soucier de la politique qu'on mène et des résultats qu'elle produira? D'autant plus que 30-35% des suffrages sont bloqués chez les populistes (Dedecker) ou l'extrême-droite (Vlaams Blok), qu'on écarte du pouvoir de toute façon. Il n'y a plus de majorité alternative.

3) La solution alternative -conclure des cartels en espérant que, ce faisant, on centralisera les sièges- a échoué: tant les socialistes (en cartel avec les nationalistes progressistes) que les chrétien-democrates (en cartel avec l'aile droite de la VU) ont arrêté l'expérience. En période de crise, où les choix fondamentaux sont à l'ordre, il paraît impossible de concilier les orientations profondément différentes. Le problème de la VU n'a toujours pas été résolu. A l'image des orientations diverses au sein de l'ancien parti nationaliste et chez ses électeurs, a la fois les socialistes (en 2003), l'extrême droite (2004) et les chrétien-démocrates (2007) ont engrangé le bonus, mais il était purement temporaire.

Si on laissait décider les électeurs flamands dans une formule à la V° République, le populiste Dedecker risque en outre de l'emporter, étant donné qu'il est la personnalité la plus populaire du dernier baromètre "LLB".

Qui voudrait bien résoudre telle misère ?

05:28 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

inderdaad, 2 verschillende situaties, 2 verschillende landen gewoon. de beste oplossing is scheiden en nadien kijken wat we nog samen kunnen doen (bv: interpersoonlijke solidariteit, eventueel min de pensioenen want anders gaan de Vlamingen weer het verwijt krijgen dat de Walen voor onze pensioenen moeten werken).

Écrit par : vlijmscherp | 30/12/2008

Les commentaires sont fermés.