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09/07/2009

"L'éclatement de la Belgique, c'est le scénario du chaos"

Chef du gouvernement belge depuis sept mois, le chrétien-démocrate flamand Herman Van Rompuy, qui dirige une coalition de cinq partis, est parvenu à ramener un peu de sérénité dans son pays après la crise politique commencée en juin 2007. Mais la situation du royaume reste complexe et nécessitera tout le doigté de cet homme prudent.

L'Europe s'est beaucoup inquiétée face à la crise belge de 2007. Vous pouvez, aujourd'hui, rassurer vos partenaires ?

La crise a été longue, mais ceux qui connaissent ce pays savent qu'à différentes périodes de notre histoire récente il a fallu plusieurs années de négociations pour réformer sa Constitution. Par ailleurs, les Belges ne réalisent pas toujours que la présence, à Bruxelles, des institutions communautaires et de centaines de journalistes étrangers crée un "effet de loupe" qui amplifie leurs difficultés. D'autant que ces journalistes ne s'informent souvent que par la presse francophone, ce qui peut entraîner des jugements trop unilatéraux. L'émission "Bye Bye Belgium", qui annonçait l'éclatement du pays, a également joué un rôle.

Aujourd'hui, la crise économique et financière a éclipsé l'agenda institutionnel, ce qui ne signifie toutefois pas que les problèmes ont disparu. Mais les questions de l'économie, de l'emploi, de l'épargne s'imposent désormais, même en Flandre, où le nouveau gouvernement régional en formation va affronter une situation difficile.

On dit que la Belgique est un mini-laboratoire de l'Europe : deux cultures y cohabitent, les plus riches aident les moins nantis. C'est pour cela qu'elle intéresse tellement ?

Je ne raisonne pas comme cela. Mais je note, en tout cas, que la construction européenne est, elle aussi, un processus lent et complexe : cinq nouveaux traités en dix-huit ans. En ce qui me concerne, je veux aborder les problèmes politiques un par un. Et le conflit autour du sort de l'arrondissement de Bruxelles et de sa périphérie sera évoqué au printemps 2010. C'est un symbole, et les symboles sont les thèmes les plus difficiles à régler.

Il reste, en Belgique, une volonté de vivre ensemble ?

Bien sûr ! Il y a, en Flandre, une majorité de partis qui réclament plus de pouvoirs pour les régions et les communautés, et un déplacement du centre de gravité politique, mais ils ne s'inscrivent pas dans un processus de rupture. L'éclatement de la Belgique, c'est le scénario du chaos, de l'aventure et de l'appauvrissement, sans solution pour Bruxelles et la question de la frontière linguistique. Le fédéralisme basé sur la coopération entre les régions, et non sur la confrontation, c'est la sauvegarde du bien-être des gens. Ce qu'il faut faire, aux niveaux belge et européen, c'est endiguer les particularismes et les populismes, les plus grands dangers qui nous menacent.

Les scores additionnés des formations autonomistes et séparatistes flamandes laissent entendre que 40 % des Flamands au moins veulent une rupture...

Ne caricaturons pas. On peut voter pour un parti séparatiste sans l'être soi-même. Le noyau dur des séparatistes n'a pas évolué depuis trente ans.

Les Francophones vous semblent prêts à dialoguer, désormais ?

Je constate plus d'ouverture de leur côté, mais des évolutions sont encore nécessaires. J'entends pour ma part amplifier la compréhension mutuelle.

Vous avez fait du dossier des sans-papiers une priorité. La Belgique va vers une opération de régularisation collective ?

Non. Elle l'a réalisée en 2001. Nous allons exécuter notre accord gouvernemental en tenant compte des aspects humanitaires, de la durée du séjour et de l'ancrage local des personnes concernées. Nous éviterons tout "appel d'air", il nous reste à trouver le point d'équilibre.

Revenons à l'Europe : José Manuel Barroso reste votre candidat ?

Il est soutenu par les Vingt-Sept et je suis rallié au consensus général. Désormais, l'Europe a besoin du traité de Lisbonne, d'une gestion plus souple et d'une entente renouvelée entre les "Grands", même s'ils ne doivent s'arroger aucun monopole. Le Conseil doit, désormais, proposer la candidature de Barroso en bonne et due forme, conformément au traité. Le Parlement usera ensuite de ses prérogatives. Si un candidat ne ralliait pas une majorité de l'assemblée, on irait vers une crise des institutions.

Imaginez-vous une candidature alternative, même issue du Parti populaire européen, après un vote négatif du Parlement ? Les rivaux se bousculent quand s'ouvre une période de vide.

Propos recueillis par Jean-Pierre Stroobants

11:35 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bonjour, je m'intéresse depuis peu au cas de la Belgique. Cependant, j'aurais aimé savoir en quoi exactement les facteurs et les limites des risques d'éclatement de la Belgique sont-ils révélateurs des problèmes géopolitiqies en Europe? Et quels sont-ils?

Écrit par : Sandra | 03/11/2009

La Belgique est un pays artificiel en Europe.

Mais si l'on y regarde d'un peu plus près, la France aussi peut être considérée comme un pays artificiel, un patchwork de civilisations. Les Celtes en Bretagne, les Basques au Pays Basque, les Corses en Corse, les Alsaciens à l'est, les Flamands au nord. Pour autant la France a construit son unité par le roi, puis par la république, sans aucune reconnaissance des "provinces".

Alors ? Le jacobinisme, le centralisme, la force ont-ils eu raison des particularismes? Je ne le pense pas. Mais si en Belgique, comme aux Etats Unis, par respect du fédéralisme, on accepte volontiers l'idée d'entités politiques séparées, selon le droit et le respect des langues et des peuples, en France la situation est toute autre. La force publique a écrasé toute velléité d'autonomie, sans même parler d'indépendance.

Il est très tentant de considérer la Belgique comme une utopie. Je ne suis pas sûr de l'avenir de la Belgique, mais, en soi, elle est le révélateur des tensions géopolitiques internes de l'Europe. Et la pratique du fédéralisme, si elle n'est pas la même en Belgique qu'en Suisse, reste un système politique viable et efficace. Après tout, la Suisse qui n'est pas dans l'Europe mais qui a des accords qui en fait quasiment un État européen, a plusieurs langues, plusieurs religions et arrive à subsister.

La Belgique aurait-elle la malchance d'avoir 2 communautés qui ne veulent faire aucun compromis ?

Écrit par : Henri Baillavoine | 05/11/2009

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