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17/04/2010

Nous avons attendu longtemps...

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"Nous avons attendu longtemps je ne sais quel sursaut organique du peuple breton, comme si cette multitude dispersée, compartimentée, tiraillée, diverse à l'infini, pouvait se relever d'elle-même, et mettre une volonté au service d'un but. Nous étions dupes d'une vieille croyance et d'une vieille illusion française.  Rien ne se fait de juste, d'utile, de collectif même, que par des hommes déterminés ayant un caractère et un nom bien à eux. Les chansons populaires ne sont pas miraculeusement écloses des lèvres « du peuple ». Elles ont été laborieusement ânonnées, composées une à une, par des poètes rustiques et patentés, par quelques Iehan ab Iehan ou quelques Cado berr-e-houc, dont les vies sans éclat ont été oubliées.  Il y a toujours des hommes qui créent; il y aura toujours des hommes qui mènent.  Le plus souvent, l'acte collectif spontané est confus et mou dans son contenu comme dans son contour. La foule sent qu'il faut faire quelque chose, mais elle ne sait pas quoi : elle oscille. Arrivée au carrefour, elle fait des remous. Quelle direction prendre ? A l'Elysée ? A la Chambre ? A la Maison du Peuple ?  Un homme sauve la foule du désordre et de la déroute Il intervient avec un plan, fruit de son originalité individuelle. Son geste volontaire transforme l'événement mou en événement saillant. Il crève le placenta du collectif, et délivre la force aveugle dans une direction donnée. L'arbitraire humain est intervenu : le héros a libre carrière.  L'erreur à extirper : la vérité, la beauté, la souveraineté viennent de la collectivité. — La figure à remiser : la masse agissante.  La vérité vient de « Dieu ». Seul, l'homme qui entend en lui la voix de Dieu, peut se faire une idée de la vérité.  La beauté, elle est aux rares inspirés. Elle est au berger qui compose un chant plaintif de cinq notes sur un flûtiau, comme elle est à Bach et à Rodin. Elle n'est pas à la foule du trottoir.  La souveraineté, elle n'a jamais été qu'à ceux qui savent la prendre : aux menteurs et aux gens sans honneur aujourd'hui. Demain, aux forts et aux meilleurs, aux grands frères du peuple, à ses guides selon le sang et selon la vérité, dès qu'aura changé la règle du jeu."

Stur, avril 1937.

19:50 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stur, mordrel, breizh

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