Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

14/06/2011

Belgique : la frontière linguistique en photos

Belgique : la frontière linguistique en photos

La Belgique « fête » le 13 juin 2011 son premier anniversaire d'absence de gouvernement fédéral, un blocage dû aux disputes régionalistes. Neurologue et photographe, Michel Castermans a mené en 2007 un travail sur la frontière linguistique qui « sépare » néerlandophones et francophones. Une frontière par essence invisible et pourtant bien réelle administrativement. Pour TV5Monde, il commente quelques unes de ses photos.
http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossie...
  • « Cette chapelle de la forêt de Meerdael est un bon exemple d'édifices que l'on trouve sur le tracé de la frontière. Des bâtisses qui n'appartiennent à personne, ou à tout le monde. Il y a également nombre de châteaux d'eau, de cabines électriques, et au moins deux anciens moulins à vent.»
  • « La frontière est marquée par le changement de revêtement. Et j'ai cadré la dernière marque au sol de la route à laquelle je tourne le dos. La rupture est ici bien visible.»
  • « Ce grand Stop est exactement sur la frontière, à un simple carrefour. Je l'ai inversé pour lui donner un caractère nonsense et pour exprimer l'absurdité de la situation. Il y a aussi l'expression d'un rejet de la politique qui mène à ce marasme.»
  • « Ce drapeau flotte exactement sur la frontière, dans un décor de camp militaire. Une fois de plus le contexte donne du sens et laisse libre cours à toute interprétation. Il s'agit en fait de la clôture qui limite l'accès à un petit port de plaisance sur la Meuse.»
Michel Castermans, neurologue et photographe
640x478_5166_vignette_16072010-MCA-030.jpg

http://www.tv5.org/cms/userdata/c_bloc_album/5/5166/640x4...

« Voici une photo due à la chance et au hasard. Le chemin est parfaitement frontalier. Il y a donc un faisan en pays flamand et l'autre en pays wallon. Le ciel est orageux, et ils sont prêts à se battre. Cette photo a été prise à travers le pare-brise de ma voiture et il n'y a aucun trucage.»

Ces photos seront peut-être un jour celles d’une frontière entre deux États »

08.06.2011Propos recueillis par Laure ConstantinescoVotre mère est flamande, votre père wallon. Vous êtes né dans une ville flamande, vous vivez à Bruxelles. Comment vous définissez-vous ?

Je me définis comme belge, bruxellois et francophone. Cette dernière précision identifie ma langue d’éducation et mon langage culturel dominant. Et ces trois éléments sont nécessaires et indissociables.

Comment vous est venue l'idée de ce travail sur la frontière linguistique ?

Après avoir voyagé et fait des photos dans le monde entier, j’ai pensé que mon pays pouvait également être un sujet photographique, un voyage proche. Alors qu’il est assez simple d’être étonné, d’avoir l’œil attiré et d’avoir l’envie de photographier des choses inhabituelles à notre regard, il est en revanche souvent difficile de trouver matière à photographier dans les décors familiers. Il me fallait trouver un fil conducteur dans ma Belgique. Et j’ai eu l’idée d'explorer cette ligne très emblématique qu’est la frontière linguistique. Et elle est symbolique sur le plan général, politique et historique mais également, et c’est la cas pour de nombreux belges, sur le plan personnel.

Comment avez-vous mené ce travail, car la frontière linguistique est invisible....

C’est justement cette invisibilité théorique qui constituait le défi photographique.   Chercher à montrer l’invisible… J’ai repéré la ligne administrative à l’aide de cartes et de sites internet de géolocalisation. Il était alors facile d’utiliser un GPS pour m’y rendre. Et sur place, après quelques errements, j’ai commencé à trouver une unité, à repérer cette frontière sur le terrain par des détails infimes, et à réaliser des photographies empreintes de la symbolique de la frontière. Un mélange de rigueur quant à la recherche du tracé, d’observation afin de trouver une accroche photographique, d’imagination pour donner un sens aux images et parfois de chance pour la lumière ou une présence animale comme sur la photo des faisans.

Il y a très peu d'être vivants sur vos photos : quelques animaux, pas d'être humains. Tous ces lieux semblent vides, inhabités, mélancoliques...

Cette constatation qui est faite en regardant la série de photos reflète le sentiment que j’ai ressenti sur le terrain. Bien sûr, il y a des habitations et l’une ou l’autre agglomération urbaine mais ce n’est pas la règle. La majeure partie du tracé est inhabitée. Il y a une ambiance homogène. J’ai l’impression que, de part et d’autre de cette frontière interne, la Belgique s’est arrêtée d’exister vraiment. Il ne s’agit pas de calme ou de sérénité, mais d’une sorte de vide. J’aurais pu aller à la rencontre de l’un ou l’autre habitant, mais ce n’était pas l’objet du travail. Les photos sont légendées par leurs coordonnées topographiques. Il s’agit d’une sorte d’état des lieux subjectif.  

Vous avez utilisé une technique particulière pour prendre ces photos.

J’ai utilisé la technique argentique couleur pour la prise de vue, au moyen format 6x7 et à la chambre technique 4x5 inches. Je voulais en effet pouvoir agrandir ces images pour les rendre aussi proches que possible de la réalité. C’est également pour cela que je ne leur ai pas appliqué de traitement particulier. Et comme pour conforter cette approche initiale, une exposition aura lieu cet été à partir du 1er juillet, avec des photographies en grand format, en extérieur, sur un point de la frontière linguistique, entre Brakel et Flobecq.

La crise linguistique et politique menace l'unité de votre pays. Avez vous prévu de faire une série de photos sur l'éclatement de la Belgique si cela se produit ?

En 1830, lors de la création de la Belgique, la devise qui a été choisie était et est encore actuellement « L’union fait la force ». Je pense que c’était une conjuration !
Il me semble évident que la crise politique actuelle mine l’unité entre les Belges et menace l’unité du pays. Cette série sur la frontière est arrivée à un moment critique, alors que je l’avais commencée en 2007, bien avant la crise actuelle. Je ne suis pas photojournaliste et je continuerai à faire des photos avant tout pour m’exprimer à l’aide ce formidable médium. Je n’ai pas prévu de suite. Mais effectivement, ces photos seront peut-être un jour celles d’une frontière entre deux États.  

Avez-vous peur que votre pays disparaisse ?

Non, si c’est pour aller vers une situation meilleure, mais laquelle ? Il faut avant tout redouter une évolution qui ne respecterait pas l’équilibre social actuel, qui modifierait significativement le bien-être de certains groupes de population, qui induirait des inégalités entre (ex) Belges, sur base de raisonnements nationalistes simplistes, protectionnistes, voire revanchards. C’est pour cela que cela prend beaucoup de temps, voire que cela piétine.

13:38 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.