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06/12/2012

Guide de survie à l’usage du touriste embarqué dans un fest-noz

Sonnez binious, résonnez bombardes ! Le fest-noz vient d’être inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. Pour ne pas faire tapisserie lors de votre prochain passage en Bretagne, nos sept conseils à suivre.
REPORTAGE DE FRANCE 3 BRETAGNE SUR LE FEST-NOZ À L’UNESCO, 5 DÉCEMBRE 2012

Les porteurs du dossier dansent devant la tribune des officiels

C’est un beau soir d’été, quelque part entre Guémené-sur-Scorff et Telgruc-sur-Mer. Vous êtes parti en riboule avec des indigènes du cru, et là, traquenard, on vous emmène dans un fest-noz. Un biniou vous asticote les oreilles, un chanteur enchaîne les « tra la la la la leno » dans le micro, et une rangée de danseurs s’agitent en se tenant par le petit doigt.

Votre premier réflexe est de trouver la buvette et de vous y réfugier pour observer de loin ce spectacle, qui fait désormais partie du patrimoine mondial immatériel de l’humanité. Mais vous savez que si l’Unesco l’y a inscrit, c’est parce que ces fêtes sont réputées pour leur convivialité et parce qu’elles mêlent les générations et les milieux sociaux.

Après un ou deux verres de cidre, vous êtes prêt à vous élancer, d’autant que le gaillard au bout de la chaîne vous fait des signes pour vous arracher au comptoir. C’est bien, mais avant de taper du pied, voilà quelques conseils précieux, recueillis auprès de spécialistes de l’exercice.

1

Vous avez le droit de danser

(même si vous êtes nul)

 

Même si ceux qui sont déjà en piste vous impressionnent par leur maîtrise technique, vous pouvez les rejoindre, et ça ne va pas gâcher leur soirée. « Le plaisir de partager notre culture remplace alors celui de danser avec de bons partenaires », expliquent en chœur Youena Baron et Carole Le Melinair, de la confédération de cercles celtiques Kendalc’h.

« Ça me pose moins de problèmes de danser avec un touriste qui se laisse faire et suit le mouvement, qu’avec un Breton qui n’a pas tout à fait les mêmes habitudes ou le même apprentissage que moi », avance même Simon Cojean, plusieurs fois champion de Bretagne de danse avec les Eostiged ar Stangala de Quimper, également guide et conférencier.

Attention quand même : si la majorité des danseurs vous feront bon accueil (« tout le monde est passé par là », assure Michel Le Guénic, manager de la compagnie Le Ballet breton), ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi, n’importe comment, au risque de se faire sortir du cercle, poliment mais fermement.

2

Pas besoin d’enfiler un costume

(mais prévoyez quand même un pull)

 

A ce stade, vous l’avez sans doute déjà remarqué : un fest-noz, ce n’est pas un spectacle folklorique, plutôt un bal pop’ version « breizhou ». Ainsi, les danseurs et les musiciens ne portent pas de costume traditionnel.

Si ça se passe en extérieur, prévoyez un pull (on est en Bretagne) : vous ne passerez sans doute pas la soirée à danser et vous risquez d’attraper froid quand vous lèverez le pied. Si la fête est en intérieur, attendez-vous à finir en T-shirt ou en débardeur (prévoir un rechange).

Aux pieds, évitez les sandales ou les tongs, mais aussi les baskets (« vous allez rebondir et vous ne sentirez rien », prévient le socio-ethnologue Marc Clérivet). Certains aiment danser pieds nus, mais ça peut être risqué, surtout avec des débutants.

Sauf à être vraiment très sensible aux couinements du biniou, inutile de prévoir des bouchons d’oreille : le niveau sonore est moins élevé qu’en boîte de nuit – « on peut se parler, ce que les gens apprécient », expliquent les filles de Kendalc’h.

Pas de « dress code » particulier donc, mais ça vaut quand même la peine de faire un effort : de l’avis général, ça drague pas mal dans les festoù-noz. Beaucoup de couples s’y forment, sans compter les aventures d’un soir.

3

Commencez par observer

(et préparez-vous à imiter)

 

Prenez d’abord le temps d’observer attentivement les danseurs qui évoluent devant vous, essayez de décomposer les mouvements qu’ils font avec leurs bras et leurs pieds. Dans toute la Bretagne, il existe des centaines de variantes, dont une vingtaine sont couramment pratiquées en fest-noz, estime-t-on chez Kendalc’h.


Capture d’écran d’un reportage sur le fest-noz, 5 décembre 2012 (Bretagne.France3.fr)

On danse en ronde, en chaîne ou en couple ; bras dessus, bras dessous, en se tenant par les mains ou par le doigt, en bougeant à peine les pieds ou en se frappant les fesses du talon...

Impossible (et inutile) de les apprendre toutes : la chorégraphie étant répétitive, « un sens minimum de l’observation vous permettra de repérer les motifs », estime Marc Clérivet. Et si vous n’êtes pas certain de reproduire exactement le bon mouvement du pied, ce n’est pas grave :

« Etre ensemble, c’est plus important que d’avoir le pas parfait. D’ailleurs, ce dernier n’existe pas vraiment, on observe plutôt un “nuage” de pas possibles pour une même danse. »

4

Soignez votre entrée

(et choisissez bien votre place)

 

Même si les danseurs se formalisent peu des erreurs commises par les débutants, il y a quand même quelques impairs à éviter au moment d’entrer dans la danse, prévient Marc Clerivet :

  • dans une ronde, privilégiez l’alternance homme-femme (même si cette règle semble poser problème) : si vous êtes un homme, placez-vous entre deux femmes, et vice-versa.
  • dans une chaîne, glissez-vous après le dernier maillon, et non avant le premier – sinon, les autres vont s’attendre à ce que que vous meniez le groupe.
  • dans certaines danses en couple, la cavalière doit se placer à droite de son cavalier.

Attendez-vous à quelques froncements de sourcil si vous vous trompez, mais sachez que « quelqu’un qui essaie et fait preuve de bonne volonté sera vite excusé ».

5

Imitez vos voisins

(en évitant de leur marcher sur les pieds)

 

Une fois correctement intercalé, la priorité, c’est « de se mettre dans le mouvement général, se rendre disponible pour permettre à la collectivité de faire sa danse », rappelle Marc Clérivet.

Si vos bras sont figés – c’est le cas si vous êtes bras dessus, bras dessous avec vos voisins –, alors vous pouvez vous concentrer sur vos pieds, repérer le bon mouvement et vous caler sur le rythme du groupe. Vous venez d’écraser le gros orteil du voisin ? Excusez-vous, personne n’en fera un fromage, du moins si vous veillez à ne pas recommencer trop souvent.

Mais si la danse inclut des mouvements des membres supérieurs, il va falloir être capable de les reproduire au plus vite. Gardez les bras souples, pour que vos voisins puissent vous guider, mais pas trop relâchés, pour qu’ils n’attrapent pas une tendinite à force de les soulever. Dans certaines danses, on se tient par le doigt, mais ce dernier n’est pas forcément l’auriculaire – bon à savoir si vous avez le petit doigt délicat.


Deux sonneurs lors d’un fest-noz (Fr&eacute ; d&eacute ; ric Harnois pour Kendalc’h)

6

C’est une question d’énergie

(et c’est le groupe qui va vous la donner)

 

« Dans une ronde, il y a des regards, des sourires, une énergie qui se dégage. Le touriste de passage va la prendre et se sentir porté par les danseurs », analyse Simon Cojean, qui rappelle qu’il y a une forme d’auto-régulation collective :

« Récemment, j’ai vu une chaîne de près de 80 danseurs qui s’est peu à peu brisée en cinq. Tous les groupes n’interprètent pas de la même façon la musique, il peut y avoir d’un côté, les jeunes, adeptes d’une danse plus dynamique ; et de l’autre, les vieux, qui ne peuvent plus suivre un tel rythme. »

Si vous avez des tendances mystiques, ça pourrait même aller plus loin :

« Une fois, j’ai vécu une expérience de transe. Je me sentais bourré alors que je n’avais rien bu, j’avais des sueurs froides. C’est aussi arrivé à un ami sur une scène, il s’est mis soudainement à pleurer. »

7

Sachez reconnaîre
un fest-noz « trad’ »

(c’est pas pour les touristes)

 

L’ambiance d’un fest-noz organisé en pleine saison dans une station balnéaire n’est pas forcément la même que celle d’un fest-noz « trad’ » dans un village perdu au fin fond du centre-Bretagne l’hiver.

Il est peu probable que vous atterrissiez dans ce genre de rassemblements (« les touristes ne les trouvent pas », assure Michel Le Guénic) qui attirent les puristes, capables de distinguer les multiples versions locales de la gavotte, du laridé à huit ou à six temps, de l’an-dro ou de l’avant-deux.

Ici, pas d’accordéon, de flûte traversière ou de guitare comme dans des festoù-noz plus modernes, juste un couple de « sonneurs » (l’un avec un biniou, l’autre avec une bombarde) et des chanteurs.

Un débutant peut-il alors s’élancer sur la piste ? Plutôt non, selon les interlocuteurs qui m’en ont parlé, même si pour Marc Clérivet, le contexte n’est forcément défavorable :

« Il vaut mieux être le seul débutant parmi des danseurs aguerris plutôt que se retrouver au milieu de 150 touristes dans une chaîne qui ne ressemble plus à rien. »

 

Yann Guégan | red. chef adjoint Rue89

Source : http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/12/06/guide-de-su...

23:11 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0)

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