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07/12/2007

Rudy Aernoudt

Profession : Ex-chef de cabinet de Serge Kubla puis de Fientje Moerman, ex-directeur de l’administration flamande de l’Economie, professeur d’université, conférencier. Auteur de Wallonie-Flandre, Je t’aime moi non plus.

Age : 46 ans

Signes particuliers : Economiste philosophe, Rudy Aernoudt a vu son talent successivement récompensé, au fédéral par le prix du courage politique, en Communauté française par le prix de la démocratie Aaron Condorcet, et dans sa Flandre originelle par un… C4.

Serez-vous sincère pendant cette interview ?

Non (sourire). Pour un hebdo satirique, c’est une contradiction. Mais intègre, oui.

Votre franc-parler vous amenait, récemment, à plaider pour la polygamie…

Oui. La majorité des gens qui se disent monogames sont hypocrites ! Il y a trop d’hypocrisie dans le monde, et surtout en Flandre. Je pense que c’est lié à notre catholicisme, qui dit qu’il faut mentir pour servir. La monogamie est née du catholicisme. C’est un accord entre l’Eglise et l’Etat : on garde les gens à la fois croyants et pauvres, donc suffisamment stupides. C’est comme ça qu’on provoque des complexes, notamment d’infériorité. C’est un repli sur soi, qui est aussi un danger pour les autres valeurs. Si on ne voit pas beaucoup de drapeaux belges en Flandre, ce n’est pas parce que les Flamands ne veulent pas, c’est parce qu’ils n’osent pas. « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Et donc on ne montre pas sa richesse, on ne montre pas ses idées – ça fait aussi partie du catholicisme. Du coup, on devient une société médiocre, où on garde notre bonheur entre nous, on ferme la porte… Quand j’ai travaillé pour Serge Kubla – que j’aime beaucoup –, on rigolait en travaillant, c’était très amical. En Flandre, on ne rigole pas.

Mais ce catholicisme, via les « petits prêtres », a tout de même permis aux Flamands de prendre conscience de leur droit à l’autonomie culturelle…

Attendez : d’abord, le cléricalisme, encore plus que le catholicisme, est une des grandes raisons pour lesquelles la Flandre, pendant tout le début de la Belgique, fut une région pauvre. Tout le mécanisme d’industrialisation a été réfuté par l’Eglise. Elle disait qu’il fallait continuer à vivre dans la pauvreté, pour mériter le paradis après la vie. Tandis qu’en Wallonie, l’industrie florissait et en a fait la deuxième région la plus riche au monde.

Notamment quand on voit le succès du CD&V, pensez-vous que l’Eglise ait encore une forte influence en Flandre ?

D’abord, le succès du CD&V est fort relatif : sans la N-VA, il n’a que 22 %, alors qu’il vient de scores aux alentours de 50 %. Si les libéraux, Open VLD et Dedecker, étaient restés ensemble, ils auraient un meilleur score que le CD&V… Quant à l’Eglise, elle a beaucoup moins d’influence qu’avant, et je trouve d’ailleurs que le nom CD&V n’est pas bon. Là, le cdH a fait beaucoup mieux.

On vous dit fort ami avec Jean-Marie Dedecker…

Oui ! Il y a vingt ans, nous étions chacun directeur d’agence d’une même banque, lui à Nieuwpoort et moi à Furnes. Puis je ne l’ai plus vu – je précise d’ailleurs, et je l’ai souvent dit à Bart Somers, que ce n’est pas moi qui l’ai amené au VLD, ni l’en ai sorti. Je l’ai retrouvé, après mon passage chez Kubla, quand j’ai travaillé au fédéral pour Fientje Moerman. Et c’est vrai qu’il m’a souvent demandé un coup de main pour un discours, mais je le faisais pour tous les ministres VLD !

Votre amitié rime-t-elle avec une convergence politique absolue ?

Je suis aussi très ami avec Steve Stevaert, mais au niveau des idées, ce n’est pas vraiment la même chose ! On n’est pas d’accord sur l’avenir de la Belgique, mais sur le programme socio-économique, qui est libéral, oui. Il faut organiser la société à partir de l’initiative de l’individu, il faut un écart entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas. Le succès doit être récompensé, et l’échec toléré.

Vous regrettez que Jean-Marie Dedecker ne soit plus au VLD ?

C’est une connerie. Les 18 % de l’Open VLD et les 7 % de Dedecker, ça fait 25 % ! Ils seraient le plus grand parti, sans avoir besoin de cartel ! Avec un tel score, et celui du MR, on pourrait faire une vraie politique libérale, au sens socio-économique du terme. Je ne suis pas un acharné du libéralisme pour le libéralisme, mais j’aime de Tocqueville qui dit que le pouvoir corrompt, et que le pouvoir absolu corrompt absolument. Donc la meilleure chose qui puisse arriver en démocratie, c’est « chacun son tour ». C’est dommage que dans une petite Flandre de 6 millions d’habitants, il n’y ait pas un seul parti libéral.

Que répondez-vous à ceux qui accusent Jean-Marie Dedecker de proximité avec le Vlaams Belang ?

Le Vlaams Belang dit qu’il faut se séparer. La N-VA dit qu’il faut se séparer. Dedecker dit qu’il faut voir ce qu’on peut encore faire ensemble. C’est une espèce de confédéralisme. Moi je dis qu’il faut voir où on est le plus efficace, et qu’il faut même refédéraliser certaines compétences. Comme les vols de nuit, la loi sur les exportations d’armes – mais là les Wallons ne sont pas d’accord.

Et la sécurité sociale ?

Dire qu’on est pour la solidarité et en même temps plaider pour la scission de la sécurité sociale, c’est une connerie. Mais il faut différencier le financement – la base de mutualisation – qui doit se faire le plus largement possible, et son utilisation, qui peut être différée. Mais on peut déjà le faire aujourd’hui ! Un exemple concret : la Flandre a un problème de sous-natalité. Pourquoi ne pas y tripler les allocations familiales, quand en Wallonie on utiliserait cet argent à autre chose ?

Que répondez-vous aux Francophones qui disent qu’il n’y a pas besoin de nouvelle réforme de l’Etat ?

Au niveau de la compétitivité, la Belgique était il y a cinq ans à la 15e place. Aujourd’hui, nous sommes à la 31e. Sur 117 pays, nous sommes le 115e en matière d’efficacité de l’administration fiscale – seuls le Bénin et le Brésil font pire –, le 114e en matière de stimulation de l’initiative personnelle… On a un secteur public parmi les plus inefficaces en Europe. Donc il faut réformer ! Vers plus d’efficacité.

L’Orange-bleue : pour ou contre ?

Si elle amène des réformes, oui ! Elle peut amener de l’oxygène. Mais il y a déjà des choses qui me gênent. On parlait de réduction d’effectifs dans l’administration, au début. Il n’en reste plus grand-chose. On a 820 000 fonctionnaires, c’est 200 à 220 000 de trop. Un syndicaliste du CD&V a répondu qu’il y a des gens qui sont trop peu qualifiés pour entrer dans le secteur privé, et donc qu’il faut les engager dans le public. Si c’est ça la philosophie, ne parlons pas d’efficacité ! Je suis pour l’abolition des cabinets ministériels, pour une fiscalité européenne, pour une approche du travail qui fait qu’un chômeur cherche de l’emploi, contre le chômage à vie… Pour ça, l’Orange-bleue doit donner de l’oxygène. Mais ces points-là ne sont par assez présents pour l’instant.

Vous avez de quoi rédiger un programme politique !

Oui mais pour l’instant, je me contente d’être invité à donner mon avis dans les partis.

Pourquoi avez-vous été licencié ?

Il y a les raisons officielles, et les autres : dans ma lettre de licenciement, les motifs invoqués sont ma Carte blanche dans Le Soir, où j’ai dit que la politique créait des structures dont personne n’a besoin – tout le monde le dit depuis –, et la pétition « Rudy Aernoudt Premier ministre » – ce n’est pas moi qui l’ai lancée, mais on me reproche de ne pas avoir porté plainte contre cette pétition ! Les vraies raisons, c’est que mon discours sur la Flandre est gênant – des gens pensent que son futur se trouve en Flandre, moi je pense qu’il se trouve en Belgique et en Europe – et que mon discours pour plus d’efficacité signifie aussi qu’on arrête les magouilles ! C’est très facile de pointer, en Flandre, Charleroi et le PS corrompu, mais tout n’est pas nickel en Flandre. J’ai donné un exemple interne à l’Economie flamande et je l’ai dénoncé au médiateur. Médiateur qui vient de démissionner.

De son plein gré ?

Officiellement, oui.

La démission très rapide de Fientje Moerman, après ces révélations, était une sorte d’aveu…

Oui. Il faut savoir que quand elle m’a viré de l’administration, c’est parce que c’était pour elle la dernière chance que l’affaire ne soit pas ébruitée.

Elle va être poursuivie en Justice ?

Le gouvernement flamand a dit que non. Ce qu’il a intérêt à faire maintenant – beaucoup de ses membres l’avouent off the record –, c’est de reconnaître qu’il s’est trompé en me virant. Et d’ailleurs le gouvernement vient de prendre toute une série de mesures pour éviter de telles magouilles – les marchés publics seront pris en charge par l’administration –, applicables à partir du 1er janvier 2008. Le temps de faire le nettoyage partout, je suppose…

Quels sont les trois objets que vous emporteriez sur une île déserte ?

Ma copine (rires) – même si elle n’est pas un objet – et deux livres qui en vaillent la peine, par exemple l’Histoire de la philosophie de Russell et La Philosophie de l’esprit de Hegel, comme ça je peux profiter pendant un bout de temps. Dans mes temps libres, je lis tout le temps de la philosophie. Quand je lis un roman, je dois mettre des fiches pour savoir qui s’est marié avec qui, etc. (rires)…

Si vous gagnez au Lotto, que faites-vous ?

Rien. Je suis enchanté aujourd’hui. Ca ne changerait pas fondamentalement ma vie.

Serge Kubla ou Fientje Moerman ?

Serge Kubla. Dans toute notre période de collaboration, il n’y a eu qu’une seule, toute petite, querelle, par téléphone, parce que j’avais dit à un journal que tant que les socialistes étaient au pouvoir, on ne pourrait jamais redresser la Wallonie. Je m’entends encore super bien avec Kubla, dès qu’on a un moment de libre, on essaye d’aller manger ensemble. On est différents, mais je l’admire. Préparer un discours pour lui, c’était génial : je lui donnais quelques idées dans la voiture, puis il en tirait un discours fantastique ! Pour Fientje, il fallait tout écrire et elle demandait encore s’il ne fallait pas changer une virgule en point…

Vous seriez prêts à retravailler pour Serge Kubla ?

Tout de suite ! Et il le sait. J’aime bien travailler avec des gens charismatiques. Il n’y a pas besoin d’être d’accord à 100 %, mais il faut quelqu’un ait des idées, qui soit cohérent.

Qui d’autre ?

Par exemple Didier Reynders, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Ou Steve Stevaert, ou Guy Verhofstadt – c’est un visionnaire.

Vous voyez encore Fientje Moerman ?

Non.

Vous seriez prêts à retravailler avec elle ?

Non. Pas question.

Olivier Maingain ou Bart De Wever ?

La peste ou le choléra ? Aucun. Je trouve que Bart De Wever n’est pas cohérent : il ne devrait pas aller au niveau fédéral s’il veut le détruire. C’est un homme intelligent, mais qui croit que le futur de la Flandre se trouve en Flandre et uniquement en Flandre. Ce n’est pas mon idée. Olivier Maingain, je comprends ce qu’il fait, mais il faut quand même faire attention à ne pas être trop populiste.

Johan Vande Lanotte ou Yves Leterme ?

C’est une question difficile, mais je pense que Vande Lanotte a quand même plus de contenu que « le notaire » Leterme, incapable de gérer des réunions, etc.

Herman Van Rompuy ou Herman De Croo ?

Herman Van Rompuy est quelqu’un de très intelligent, mais j’admire De Croo. Je l’adore. C’est un homme d’Etat.

Freya Van den Bossche ou Inge Vervotte ?

C’est un choix très difficile. Inge Vervotte est difficile à juger parce que je ne l’ai vue que très peu – elle ne disait jamais rien au conseil des ministres du gouvernement flamand. Freya, c’est une très belle femme, mais elle n’avait pas l’envergure d’être ministre du Budget.

Quel serait votre Premier ministre préféré ?

Une semaine avant les élections, De Morgen m’a demandé pour qui j’allais voter. Et j’ai répondu « pour Didier Reynders ».

Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

J’espère que les idées que je divulgue ne seront plus à contre-courant, mais seront considérées comme du bon sens, et qu’elles ne seront plus uniquement partagées par les citoyens comme c’est déjà le cas, mais aussi par les politiques qui sont trop nombrilistes aujourd’hui.

En quoi aimeriez-vous être réincarné ?

En belle blonde (rires) !

 Source: http://www.lepan.be/?p=2145

05/12/2007

L'échec d'Yves Leterme traduit l'impuissance de la classe politique belge face aux radicaux flamands

Les Belges sont en passe de battre un record européen : celui des Néerlandais qui, en 1973, ont attendu 208 jours pour avoir une équipe ministérielle. Le renoncement, samedi 1er décembre, au 174e jour de la crise politique, d'Yves Leterme, "formateur" désigné du gouvernement, a démontré qu'aucune perspective ne se dessinait quant à la mise en place d'une majorité.

Le roi, qui a reçu samedi le chef des démocrates-chrétiens flamands et Guy Verhofstadt, le premier ministre sortant, libéral flamand, toujours à la tête d'un gouvernement dit d'affaires courantes, devrait prendre rapidement une initiative. On parle notamment de la nomination comme "formateur" de Didier Reynders, leader des libéraux francophones. Les chrétiens-démocrates flamands voudraient le mettre à contribution, tout en soulignant qu'ils ne monteront dans aucune équipe ministérielle que ne dirigerait pas M. Leterme.

DU BOUT DES LÈVRES

Vainqueur des législatives en juin, ce dernier avait déjà échoué à la fin du mois d'août. Il y a une semaine, il était parvenu à recueillir l'approbation des partis centriste et libéral francophones, ainsi que des libéraux flamands sur un projet qu'il avait transformé en enjeu principal de sa mission : une réforme du fédéralisme visant à donner plus d'autonomie aux régions.

Son propre parti le soutenait du bout des lèvres. En revanche, le parti nationaliste Nouvelle alliance flamande (NVA), avec lequel il a signé un accord au sein d'un cartel, l'a désavoué. Et même si elle ne pèse que 5 sièges (sur 150) à la Chambre des députés, cette formation séparatiste était indispensable pour constituer une majorité. Elle exerce aussi sur le CD & V (chrétiens démocrates et flamands) un chantage au radicalisme : si elle ralliait, demain, les populistes et l'extrême droite en Flandre, elle pourrait constituer un "front pour l'indépendance" qui mettrait à mal la domination des chrétiens-démocrates.

Le formateur devait donc éviter à tout prix la rupture avec la NVA et, pour cela, rejeter la responsabilité d'un échec de sa mission sur les francophones. C'est ce qu'il a fait, le 30 novembre, en posant trois questions au Mouvement réformateur (MR) libéral de Didier Reynders et au Centre démocrate humaniste (CDH) de Joëlle Milquet.

Reprenant les exigences de ses partenaires nationalistes, M. Leterme demandait aux francophones s'ils étaient prêts à discuter de tous les aspects d'une réforme du fédéralisme au sein d'une Convention appelée à confronter les points de vue de tous les partis. Il les interrogeait aussi sur la possibilité, pour les régions, d'organiser un système d'incitations fiscales pour les entreprises. Enfin, et c'est un point crucial pour les Bruxellois et les Wallons, il leur demandait s'ils approuvaient le principe d'une majorité parlementaire "classique" pour voter des réformes institutionnelles. A savoir, deux tiers des élus dans chaque assemblée mais sans garantie d'un équilibre entre néerlandophones et francophones. Prudents, ces derniers réclament un équilibre afin d'éviter qu'une majorité rassemblant tous les partis du nord du pays ne finisse par leur imposer ses choix.

A cet ultimatum, les centristes francophones ont répondu par des questions. M. Leterme n'en attendait pas plus pour démissionner et se faire, un peu plus tard, acclamer par ses militants. Des médias flamands ont critiqué cette attitude. De Morgen, quotidien de gauche, a diffusé un poster reprenant des photos d'un Yves Leterme épuisé. Le texte paraphrasait Bertolt Brecht pour demander s'il ne serait pas plus simple, désormais, de choisir un autre peuple...

Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 04.12.07.
LE MONDE | 03.12.07 | 16h29 

03/12/2007

Beaucoup mieux que de vaines discussions mal préparées....