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09/01/2009

Manifestation pour une vraie paix au Proche-Orient (RTL-TVI)


21/03/2008

L'Islam, première religion à Bruxelles dans vingt ans

De notre envoyée spéciale à Bruxelles Stéphane Kovacs
20/03/2008 | Mise à jour : 22:40 |
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Jeune musulmane arborant un drapeau belge lors d'une manifestation à Bruxelles en 2004.
Jeune musulmane arborant un drapeau belge lors d'une manifestation à Bruxelles en 2004. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Aujourd'hui, un tiers de la population est musulmane et les jeunes générations sont plus pratiquantes.

La capitale européenne sera musulmane dans vingt ans. C'est du moins ce qu'affirme une étude publiée la semaine dernière dans le quotidien La Libre Belgique. Près d'un tiers de la population de Bruxelles étant déjà musulmane, indique Olivier Servais, sociologue à l'Université catholique de Louvain, les pratiquants de l'islam devraient, en raison de leur forte natalité, être majoritaires «dans quinze ou vingt ans». Depuis 2001, Mohamed est, chaque année, et de loin, le premier prénom donné aux garçons nés à Bruxelles.

«Il faut relativiser ces chiffres, insiste Mahfoud Romdhani, député socialiste et vice-président du Parlement francophone bruxellois. Les immigrés de pays musulmans ne sont pas tous musulmans ! Moi-même, je suis de culture musulmane, mais agnostique.» Olivier Servais se veut d'ailleurs prudent sur les projections à long terme, Bruxelles subissant des flux de population importants en tant que capitale de l'Union européenne.

Reste, constate La Libre Belgique, que «si leurs parents n'étaient guère pratiquants», pour faciliter l'intégration dans leur pays d'accueil, «les jeunes marquent un retour important vers le fait religieux». Quelque 75 % des musulmans s'estiment aujourd'hui pratiquants. Auteur d'Infiltrée parmi les islamistes radicaux *, la journaliste flamande Hind Fraihi va plus loin : «Les jeunes sont de plus en plus radicalisés, affirme-t-elle. Ils rejettent les valeurs occidentales, même leurs parents s'en inquiètent. À Bruxelles, il existe des îlots, comme Molenbeek, où l'on a parfois du mal à se croire en Belgique…»

Du bazar Tafoukte à la bijouterie Mohammed, les musiques du Maghreb envoûtent le passant. Encombrée de seaux en plastique multicolores, de chaussures de sport et de caftans chatoyants, la ruelle piétonnière du Prado conduit à la mairie de Molenbeek, le quartier marocain de Bruxelles. Presque toutes les femmes sont voilées et les commerçants parlent arabe. «On se sent mieux, ici, qu'en France ou en Espagne, assure Akim, gérant d'un magasin de vêtements. Peut-être parce qu'on est une grande communauté. C'est comme au pays !»

«Gestes de respect»

 

Il y a quelques années, raconte Philippe Moureaux, le bourgmestre PS de Molenbeek, «des musulmans sont venus me trouver : ils voulaient que je sois le “président” de leur nouvelle mosquée…». C'est dire si cet ancien ministre, pourtant agnostique, est bien vu par le «gros tiers» de musulmans parmi ses 83 000 administrés. Création d'un Conseil consultatif des mosquées doté d'allocations de la mairie, ouverture d'un abattoir municipal pendant la fête du sacrifice, présentation d'une liste électorale comprenant une majorité de musulmans… «Ce sont des gestes de respect qui m'ont valu la confiance de cette communauté, explique le bourgmestre. On a été très loin, certains disent trop loin. Mais pour moi, la seule solution, c'est l'ouverture.»

Selon Alain Escada, président de l'association Belgique et chrétienté, «on va d'abandon en abandon». «De plus en plus de cantines introduisent des menus halal aux dépens des chrétiens, déplore-t-il. Les autorités ne font plus leur travail : les politiques, qui, avec une vision à court terme, sont prêts à tout pour séduire un nouvel électorat, mais aussi le clergé, qui met les musulmans et les chrétiens sur un pied d'égalité, alors que c'est loin d'être réciproque : voyez cet archevêque assassiné récemment en Irak !»

Pour l'instant, «l'essentiel de l'islam belge est paisible et familial, souligne Olivier Servais, mais un jour il y aura peut-être une revendication claire d'islam. Je n'exclus pas des explosions sociales.» Des partis communautaristes, redoute-t-il, pourraient capitaliser sur le taux de chômage très élevé à Bruxelles (plus de 20 % de la population), qui frappe notamment la population musulmane.

Jean-François Bastin, un Belge de 65 ans coiffé d'un turban à carreaux et la barbe teinte au henné, s'appelle aujourd'hui Abdullah Abu Abdulaziz Bastin. Converti à l'islam, il a fondé en 2004 le Parti des jeunes musulmans. Abdullah ne serre pas la main des femmes. «C'est tromper Allah, lâche-t-il. C'est aussi tromper celle à qui l'on donne la main, en lui faisant croire que vous êtes égaux. Mais je vous fais un grand sourire !» s'empresse-t-il d'ajouter.

« Instrumentalisation »

 

Lui-même clame que les sourires, que certains politiques font aux musulmans ne sont qu'une «instrumentalisation grossière : Il y en a assez de cette sorte de néocolonialisme, s'emporte-t-il. Ils prétendent qu'ils vont nous défendre, et ensuite ils interdisent le foulard à l'école !». Aux dernières élections municipales, le PJM, qui ne se présentait que dans deux quartiers de Bruxelles, a rassemblé moins de 5 000 voix. «Nous pourrions prendre appui sur cette étude pour exiger plus de mosquées visibles, des appels à la prière, des cimetières, des écoles, des maisons de retraite…, s'emballe le converti. Moi je dis aux musulmans : “Perdez cet esprit de colonisé ! Les colons se sont fait bouter hors d'Algérie, c'est peut-être ce qui se passera ici.”» Les immigrés, conclut-il, en ont assez fait, et «même trop» pour s'intégrer : «c'est désormais à la Belgique de s'adapter».

23/11/2007

Pauvre Belgique !

961de91ff60e08e77e171d89a398f156.jpgMarie Bernard-Meunier

Diplomate de carrière, l'auteure a été ambassadrice du Canada à l'UNESCO, aux Pays-Bas et en Allemagne. Elle vit maintenant à Montréal et siège au conseil d'administration du CERIUM (m.bernard-meunier@cerium.ca).

Quand et surtout comment la Belgique sortira-t-elle de la crise dans laquelle elle s'enlise depuis bientôt six mois? Nul ne le sait. À plus ou moins long terme, tous les scénarios sont envisageables: de la séparation à la confédération, en passant par le maintien du système fédéral dans sa version actuelle ou avec des changements significatifs. À qui faire porter l'odieux de cette crise?

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Il est tentant de dire: tous coupables. Le roi, pour ne pas être intervenu plus tôt ou pour avoir osé intervenir. Les Flamands, pour avoir laissé croître en leur sein un mouvement d'extrême droite raciste et xénophobe qui pourrit l'atmosphère. Les Wallons, pour avoir longtemps méprisé les Flamands et toujours refusé d'apprendre leur langue. Les leaders politiques de tous bords, qui font passer les intérêts de leur communauté avant ceux de leur pays.

En vérité, il ne nous appartient pas de distribuer les blâmes. Ce jugement appartient aux Belges et à eux seuls. Par contre, il est tout à fait légitime de se poser deux questions qui, elles, nous concernent tous: la crise actuelle en Belgique signe-t-elle l'échec du modèle fédéral dans ce pays? et l'évolution du nationalisme flamand conforte-t-elle la thèse selon laquelle le nationalisme finit toujours par déboucher sur l'ostracisme? Je voudrais répondre non à ces deux questions.

Il est encore trop tôt pour dire si le fédéralisme a échoué en Belgique. Mais il est difficile de prétendre que le système fédéral mis en place en 1993 a permis de gérer dans l'harmonie les différences linguistiques, culturelles et politiques qui caractérisent la Belgique. La vraie question est de savoir pourquoi ce système de gouvernement s'est révélé inapte à gérer toute cette diversité. Deux explications, diamétralement opposées, sont possibles. Ou bien la Belgique est trop fédérale et l'avenir est dans la négociation d'une union confédérale, ou la Belgique ne l'est pas assez. Aucune fédération ne peut réussir s'il n'y a pas une volonté commune de la faire fonctionner et une vision commune des compromis nécessaires. Le fédéralisme en Belgique est encore une idée neuve. Avant de conclure qu'il a échoué, il faudrait peut-être que toutes les communautés mesurent ce qu'implique l'appartenance à une fédération et essaie (une fois!) de jouer le jeu.

À la question de savoir si le nationalisme débouche forcément sur l'ostracisme, je voudrais aussi répondre non. Je considère néanmoins que la Belgique nous donne des exemples désolants des excès auxquels mènent certains discours quand ils ne sont pas tenus en échec. S'ils ne veulent pas être jugés à travers lui, il appartient aux nationalistes flamands de gérer le Vlaams Belang, ce mouvement raciste et xénophobe auquel j'ai déjà fait référence. La récente décision du Parlement flamand de retirer aux francophones vivant en territoire flamand le droit à des services administratifs et judiciaires dans leur langue et le droit de voter pour les candidats de leur communauté est choquante non seulement parce qu'elle met fin unilatéralement à un accommodement raisonnable, mais parce qu'elle compromet délibérément les négociations actuelles pour la formation d'un nouveau gouvernement. Si le Parlement flamand est prêt à agir de la sorte alors que les Wallons sont encore leurs compatriotes, on imagine sans mal les droits dont ils disposeraient dans une Flandre indépendante. Cet exemple confirme ce que l'on savait déjà: on ne peut laisser à une majorité le soin de protéger ses minorités. C'est pour cela que les chartes existent.

Il y a une autre dimension du problème belge qui est moins souvent évoquée et qui, pourtant, me paraît essentielle, c'est la dimension économique. Les Flamands ne veulent plus payer pour les Wallons, comme la Ligue du Nord en Italie ne veut plus payer pour le Mezzogiorno, ou les Catalans pour le reste de l'Espagne. Les Tchèques ne voulaient pas non plus continuer à payer pour les Slovaques. Partout, la même volonté des riches de larguer les pauvres. Cette attitude porte en elle les germes de la destruction du consensus social dans bien des pays européens et, potentiellement, elle plombe la construction européenne. Jusqu'à maintenant, l'Union européenne a toujours permis à ses nouveaux adhérents d'opérer un rattrapage économique spectaculaire. La solidarité avait un sens et, à terme, tout le monde y trouvait son compte.

La façon dont les Belges sortiront de la crise actuelle aura incontestablement un impact dans l'ensemble européen. Il deviendra difficile de prêcher l'union à qui que ce soit si Flamands et Wallons font la démonstration qu'ils sont incapables de vivre ensemble. Le message adressé au reste du monde est aussi désespérant. Si Flamands et Wallons sont incapables de gérer leurs différences culturelles - qui, à l'échelle du monde, sont insignifiantes -, que reste-t-il à dire aux États multiethniques aux prises avec des problèmes d'un tout autre ordre? Il faut croiser les doigts pour la Belgique.