Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

07/06/2010

Le Flamand qui effraie les francophones

Belgique  lundi 7 juin 2010




Les élections législatives anticipées du 13 juin sont dominées par la percée, en Flandre, du parti nationaliste NVA. Et par les méthodes brutales de son leader Bart De Wever, devenu «l’homme à abattre» de la campagne électorale

Le surréalisme belge va peut-être encore frapper. Ironie électorale, une victoire en Flandre, le 13 juin, de la Nouvelle Alliance Flamande (NVA) séparatiste pourrait bien entraîner… la nomination d’un francophone à la tête du pays, pour la première fois depuis 1979.

Pourquoi? Le leader tonitruant de la NVA, Bart de Wever, crédité de 26% des voix au nord du royaume, affirme ne pas vouloir prendre les rênes du gouvernement fédéral. Ce qui pourrait conduire les partis traditionnels flamands, battus, à remettre le destin compliqué du pays dans les mains de celui qui incarne le plus la «Wallonie à l’ancienne»: le leader socialiste francophone Elio Di Rupo, pour l’heure en tête des sondages dans sa région linguistique.

Trois «agitateurs en chef»

L’affaire est bien sûr compliquée, comme toujours en Belgique où le scrutin du 13 juin est, en plus, dominé cette fois autant par l’affrontement des personnalités, que par la fracture nord-sud sur la réforme de l’Etat fédéral. Avec trois hommes dans le rôle des «agitateurs en chef» de la scène politique, laissée exsangue par l’échec du premier ministre démissionnaire, le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme: le patron de la NVA Bart De Wever, un historien anversois de 39 ans au séparatisme sans nuance; le président des libéraux flamands Alexander De Croo, 34 ans, qui ambitionne de transformer les trois régions belges (Flandre, Wallonie et Bruxelles) en «trois PME œuvrant pour une même holding»; et Olivier Maingain, chef de file de la rébellion anti-flamande.

L’équation Bart De Wever est simple. Avec son physique imposant et son bagout, cet universitaire veut dépasser sur leur droite les chrétiens-démocrates et les libéraux flamands qui gouvernaient jusque-là ensemble à Bruxelles, avec le centre droit et les socialistes francophones. Son atout? Des propositions nationalistes simples, radicales, mais sans parti pris xénophobe ou anti-immigrés comme pour les extrémistes du Vlaams Belang, dont il se distingue nettement. En un mot, Bart De Wever incarne le ras-le-bol flamand, convaincu qu’il «n’y a plus moyen de tomber d’accord». Il réclame un confédéralisme «le plus light possible», destiné à s’évaporer à terme, et veut la Flandre dans l’UE. Bruxelles doit pour lui redevenir une simple capitale. Sa périphérie bilingue doit être scindée. La Belgique se retrouverait sur une voie de garage.

L’homme à abattre

Résultat: Bart De Wever est devenu l’homme à abattre. Son rival libéral, Alexander De Croo, jeune patron habitué aux métaphores économiques, n’a ainsi pas réussi à s’imposer dans la campagne qu’il a pourtant provoquée en décidant de quitter le gouvernement Leterme pour cause de paralysie institutionnelle. «De Wever est le plus fort sur le plan de la rhétorique, explique le chroniqueur flamand Geert Buelens. Dès que ses opposants l’agressent, ils se perdent en nuances.» Car l’ironie, en Belgique, est que même une victoire sans précédent de la NVA buterait sur le système en place. Chaque région linguistique ne votant que pour des candidats de sa langue, la campagne n’est pas nationale et les coalitions post-électorales nord-sud prennent des mois.

Un même raidissement est en plus survenu au sud du pays. Même si le socialiste Elio Di Rupo a réussi à faire (un peu) oublier les magouilles à grande échelle de son parti en Wallonie, au point d’apparaître comme un éventuel candidat «par défaut» au poste de premier ministre fédéral, la radicalisation du débat profite à Olivier Maingain, bourgmestre d’une commune de Bruxelles et chef de file du «front de défense des francophones».

Comme De Wever, Maingain envoie des salves: «Je suis effrayé par la banalisation de la demande flamande de confédéralisme, déclarait-il récemment. Cela revient à transformer l’Etat fédéral en coquille vide.» L’homme veut mettre la NVA hors jeu en la poussant à assumer son séparatisme, tout en soignant son image au nord, grâce à sa bonne maîtrise du néerlandais. Cet affrontement est assuré de compliquer encore plus la reprise des négociations, en vue d’une sixième réforme de l’Etat depuis 1970.

 

26/05/2010

Un sondage confirme la montée d'un parti indépendantiste flamand

A dix-huit jours des élections législatives en Belgique, un parti indépendantiste flamand, la N-VA, est crédité du score « monstre » de 25% des intentions de vote en Flandre, selon un sondage commandé par des partis dont le résultat est publié mercredi par un journal belge.

Avec « environ 25% » des intentions de vote en Flandre, la région nord du pays, la N-VA (Nouvelle alliance flamande) et son président, Bart De Wever, infligerait une « punition » au parti chrétien-démocrate flamand CD&V du Premier ministre sortant Yves Leterme, dont le gouvernement est tombé fin avril, affirme le quotidien économique flamand De Tijd.

Le CD&V, historiquement dominant chez les 6,2 millions de néerlandophones, passerait « sous la barre des 20%, ou même sous les 18% », ajoute le journal, qui souligne que ces sondages « font trembler » les partis traditionnels.

Source : Ouest-France

15/03/2009

"La Belgique est morte, vive la Belgique !", de José-Alain Fralon : fin de partie outre-Quiévrain

Même lui ? Oui, même lui... José-Alain Fralon pense désormais que le plat pays de Brel n'a plus d'avenir en tant que nation. Il y a une vingtaine d'années, ce "petit Français", comme il s'était baptisé, adressait à Baudouin Ier, le roi des Belges - et à quelques autres personnalités - une "lettre ouverte" joliment troussée. Il y énumérait tout ce qui faisait le charme de cette terre sans nier que les ferments de la division étaient à l'oeuvre.

Entre les lignes, on lisait un amour profond de l'auteur pour sa deuxième patrie et la conviction, bien belge, que tout pouvait finir par "s'arranger". Un verbe très répandu, outre-Quiévrain, où l'on cultive son double sens : trouver une solution - fût-elle boiteuse -, mais aussi tricher avec la réalité pour en inventer une autre et, ainsi, mieux nier les faits, pour faire croire à la persistance du "miracle belge".

Longtemps baigné par la douceur de vivre bruxelloise, mélange d'insouciance et d'un humour qui le ravissait, l'auteur a "voulu y croire". Aujourd'hui, c'est toutefois par une missive à Albert II, frère de Baudouin et monarque inquiet, qu'il conclut son constat. Et il lui écrit : "Votre Majesté, vous régnez sur un seul peuple. L'autre ? Il s'est fait la belle. C'est triste un pays qui meurt et c'est encore plus triste d'en être le roi."

Sans agressivité et sans véritable nostalgie, ce fin connaisseur d'un pays où il avait atterri pour observer les développements de la construction européenne détaille cette fin de partie. La messe semble dite, le divorce des Flamands et des francophones est inéluctable, le mouvement flamand n'a d'autre objectif que l'indépendance à court ou à moyen terme.

Survolant l'histoire d'une nation improbable, née essentiellement d'un compromis entre les grandes puissances du XIXe siècle, il en conclut que ce qui finira par tuer le royaume des Saxe-Cobourg, c'est, d'abord, l'indifférence réciproque des deux peuples qui le composent. Indifférence et méconnaissance de plus en plus grandes, encouragées par un faux fédéralisme, qui a favorisé la dissociation.

Faut-il en pleurer ? Mais non, en rire ! Dans ce pays où un ex-premier ministre, arrivé au pouvoir en s'alliant à des indépendantistes flamands, a confondu récemment La Brabançonne et La Marseillaise, on se séparera forcément en douceur, prédit Fralon. Les Flamands s'en iront, tandis que Bruxelles et la Wallonie formeront une mini-Belgique. Des scénarios plus pessimistes circulent. Plein d'espoir et de conviction, l'auteur ne veut pas y croire.


LA BELGIQUE EST MORTE, VIVE LA BELGIQUE ! de José-Alain Fralon. Fayard, 204 p., 17 €.

Jean-Pierre Stroobants