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21/07/2011

"Les gens sérieux ont tenté de résoudre la situation. Au tour des humoristes"

Par Emmanuelle Alféef (LEXPRESS.fr), publié le 21/07/2011 à 08:00

http://www.lexpress.fr/culture/livre/bd/les-gens-serieux-...

"Les gens sérieux ont tenté de résoudre la situation. Au tour des humoristes"

Tash et Trash (Dino) volent au secours de la Belgique à la façon du Manneken-Pis: la légende raconte qu'il a sauvé Bruxelles en éteignant à sa manière une bombe posée par des ennemis.

Spirou

Le 20 juillet Spirou a fait paraître un numéro spécial "Sauvez la Belgique". Son rédacteur en chef, Frédéric Niffle, nous a expliqué sa démarche.

Comment l'idée d'un Spirou spécial "Sauvez la Belgique" est-elle née?

Depuis un an, la crise politique fait la une de tous les journaux belges. Nous avons voulu sortir ce sujet des colonnes politiques, en l'intégrant sur un support auquel on ne s'attendait pas. C'est un numéro historique, car c'est la première fois que Spirou aborde un sujet politique.

"Les gens sérieux ont tenté de résoudre la situation. Au tour des humoristes"

Comment ont réagi les dessinateurs contactés pour ce projet?

Nous nous sommes adressés à des dessinateurs des différentes communautés: Français, francophones [Belges wallons, ndlr] et néerlandophones [Belges flamands, ndlr]. Certains n'ont pas osé se lancer, les autres étaient très enthousiastes. Si l'humour flamand est anglo-saxon, l'humour francophone est plus tourné vers l'autodérision. L'humour français, lui, est centré sur les clichés.

La bande dessinée peut-elle changer les choses?

Spirou ne créera pas de prise de conscience en Belgique. Ce numéro est plutôt une bouteille à la mer à destination des autres pays. On leur montre l'absurdité de notre situation. Les gens sérieux ont tenté de résoudre la situation et ont échoué. Au tour des humoristes.

A la limite Spirou peut jouer un rôle de modérateur. Il demande aux gens de redescendre sur terre, de prendre du recul.

Peut-on imaginer des initiatives similaires en Flandre?

Les francophones souhaitent l'union, mais les Flamands ont fait peu de tentatives pour la sauver, bien qu'il y en ait eu quelques-unes dans la musique ou le théâtre.

"Les gens sérieux ont tenté de résoudre la situation. Au tour des humoristes"

Un autocollant signé Saive dans le numéro spécial de Spirou.

Spirou

Défendre la Belgique, c'est un peu être un mauvais Flamand. Les Flamands ont voté majoritairement pour un parti nationaliste, qui demande l'indépendance de la Flandre. De plus, 85% de la population flamande est de droite, alors que les caricaturistes sont plutôt de gauche: regardez Charlie Hebdo, Le Canard Enchaîné... La culture est un terreau de résistance.

Ce numéro spécial paraît-il en néérlandais?

Spirou a eu une version néerlandaise mais elle s'est arrêtée en 2006, faute de lecteurs. Cela traduit une fracture de plus. D'ailleurs, la Flandre ne s'est pas intéressée à ce numéro, contrairement aux médias francophones qui en ont largement parlé. On se pose la question de savoir si les Flamands veulent sauver la Belgique...

La crise politique belge : résumé

Cela fait plus de 400 jours qu'un gouvernement transitoire gère les affaires courantes belges. Le pays a pulvérisé le record mondial d'un pays sans gouvernement. La situation est bloquée suite aux élections législatives du 13 juin 2010 : près d'un électeur flamand sur trois a voté nationaliste, tandis que le tiers des électeurs wallons votait socialiste. Les partis ne parvenant pas à s'entendre, aucun nouveau gouvernement ne s'est formé depuis.

22/01/2011

Gwenn ha Du

Gwenn ha Du.jpg

15/03/2009

"La Belgique est morte, vive la Belgique !", de José-Alain Fralon : fin de partie outre-Quiévrain

Même lui ? Oui, même lui... José-Alain Fralon pense désormais que le plat pays de Brel n'a plus d'avenir en tant que nation. Il y a une vingtaine d'années, ce "petit Français", comme il s'était baptisé, adressait à Baudouin Ier, le roi des Belges - et à quelques autres personnalités - une "lettre ouverte" joliment troussée. Il y énumérait tout ce qui faisait le charme de cette terre sans nier que les ferments de la division étaient à l'oeuvre.

Entre les lignes, on lisait un amour profond de l'auteur pour sa deuxième patrie et la conviction, bien belge, que tout pouvait finir par "s'arranger". Un verbe très répandu, outre-Quiévrain, où l'on cultive son double sens : trouver une solution - fût-elle boiteuse -, mais aussi tricher avec la réalité pour en inventer une autre et, ainsi, mieux nier les faits, pour faire croire à la persistance du "miracle belge".

Longtemps baigné par la douceur de vivre bruxelloise, mélange d'insouciance et d'un humour qui le ravissait, l'auteur a "voulu y croire". Aujourd'hui, c'est toutefois par une missive à Albert II, frère de Baudouin et monarque inquiet, qu'il conclut son constat. Et il lui écrit : "Votre Majesté, vous régnez sur un seul peuple. L'autre ? Il s'est fait la belle. C'est triste un pays qui meurt et c'est encore plus triste d'en être le roi."

Sans agressivité et sans véritable nostalgie, ce fin connaisseur d'un pays où il avait atterri pour observer les développements de la construction européenne détaille cette fin de partie. La messe semble dite, le divorce des Flamands et des francophones est inéluctable, le mouvement flamand n'a d'autre objectif que l'indépendance à court ou à moyen terme.

Survolant l'histoire d'une nation improbable, née essentiellement d'un compromis entre les grandes puissances du XIXe siècle, il en conclut que ce qui finira par tuer le royaume des Saxe-Cobourg, c'est, d'abord, l'indifférence réciproque des deux peuples qui le composent. Indifférence et méconnaissance de plus en plus grandes, encouragées par un faux fédéralisme, qui a favorisé la dissociation.

Faut-il en pleurer ? Mais non, en rire ! Dans ce pays où un ex-premier ministre, arrivé au pouvoir en s'alliant à des indépendantistes flamands, a confondu récemment La Brabançonne et La Marseillaise, on se séparera forcément en douceur, prédit Fralon. Les Flamands s'en iront, tandis que Bruxelles et la Wallonie formeront une mini-Belgique. Des scénarios plus pessimistes circulent. Plein d'espoir et de conviction, l'auteur ne veut pas y croire.


LA BELGIQUE EST MORTE, VIVE LA BELGIQUE ! de José-Alain Fralon. Fayard, 204 p., 17 €.

Jean-Pierre Stroobants