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15/03/2009

"La Belgique est morte, vive la Belgique !", de José-Alain Fralon : fin de partie outre-Quiévrain

Même lui ? Oui, même lui... José-Alain Fralon pense désormais que le plat pays de Brel n'a plus d'avenir en tant que nation. Il y a une vingtaine d'années, ce "petit Français", comme il s'était baptisé, adressait à Baudouin Ier, le roi des Belges - et à quelques autres personnalités - une "lettre ouverte" joliment troussée. Il y énumérait tout ce qui faisait le charme de cette terre sans nier que les ferments de la division étaient à l'oeuvre.

Entre les lignes, on lisait un amour profond de l'auteur pour sa deuxième patrie et la conviction, bien belge, que tout pouvait finir par "s'arranger". Un verbe très répandu, outre-Quiévrain, où l'on cultive son double sens : trouver une solution - fût-elle boiteuse -, mais aussi tricher avec la réalité pour en inventer une autre et, ainsi, mieux nier les faits, pour faire croire à la persistance du "miracle belge".

Longtemps baigné par la douceur de vivre bruxelloise, mélange d'insouciance et d'un humour qui le ravissait, l'auteur a "voulu y croire". Aujourd'hui, c'est toutefois par une missive à Albert II, frère de Baudouin et monarque inquiet, qu'il conclut son constat. Et il lui écrit : "Votre Majesté, vous régnez sur un seul peuple. L'autre ? Il s'est fait la belle. C'est triste un pays qui meurt et c'est encore plus triste d'en être le roi."

Sans agressivité et sans véritable nostalgie, ce fin connaisseur d'un pays où il avait atterri pour observer les développements de la construction européenne détaille cette fin de partie. La messe semble dite, le divorce des Flamands et des francophones est inéluctable, le mouvement flamand n'a d'autre objectif que l'indépendance à court ou à moyen terme.

Survolant l'histoire d'une nation improbable, née essentiellement d'un compromis entre les grandes puissances du XIXe siècle, il en conclut que ce qui finira par tuer le royaume des Saxe-Cobourg, c'est, d'abord, l'indifférence réciproque des deux peuples qui le composent. Indifférence et méconnaissance de plus en plus grandes, encouragées par un faux fédéralisme, qui a favorisé la dissociation.

Faut-il en pleurer ? Mais non, en rire ! Dans ce pays où un ex-premier ministre, arrivé au pouvoir en s'alliant à des indépendantistes flamands, a confondu récemment La Brabançonne et La Marseillaise, on se séparera forcément en douceur, prédit Fralon. Les Flamands s'en iront, tandis que Bruxelles et la Wallonie formeront une mini-Belgique. Des scénarios plus pessimistes circulent. Plein d'espoir et de conviction, l'auteur ne veut pas y croire.


LA BELGIQUE EST MORTE, VIVE LA BELGIQUE ! de José-Alain Fralon. Fayard, 204 p., 17 €.

Jean-Pierre Stroobants